THE RAIN KILLER

Puis-je vous offrir du feu ? Et après… on baise ?

On connaît tous cet adage qui dit « s’il n’existait pas il aurait fallut l’inventer ». Adage qui sied parfaitement lorsque l’on parle de Roger Corman, homme incroyable qu’on ne présente plus. Car une fois encore, voici que le nom du gaillard se retrouve derrière le nom de la société Califilms.
Société de production où l’on croise aussi le nom de Rodman Flender, le producteur et, entre-autre, réalisateur de quelques pépites comme par exemple : Leprechaun 2 et La Main qui Tue, sans oublier son premier long, The Unborn.
Deux noms associés dans cette entreprise, et faut-il le rappeler, Corman et Flender ne sont pas inconnus l’un pour l’autre. Le bon Roger ayant au préalable engagé Flender pour diriger son service publicité pour Concorde New-Horizon, avant de le balancer comme vice-président des productions… Corman évidemment !
On ne sera donc pas étonné, dés l’apparition du logo de la firme susmentionnée, de voir en The Rain Killer le genre de bobine qui restera certainement longtemps encore après son générique de fin imprégnée dans nos mémoires.
Chez nos amis italiens, c’est même le statut de culte qui lui colle à la peau. Et ce n’est pas totalement anodin !

C’qui m’faut ? Un bonne bouteille tiens !

Los Angeles ! Une vague de meurtres atroces fait trembler la ville, plus particulièrement auprès de femmes riches et anciennes junkies.
Le lieutenant Capra, un flic désabusé et porté sur la bouteille, doit s’acoquiner avec l’agent Dalton du FBI.
Ensemble ils vont devoir démasquer le tueur, lequel opère toujours selon un modus operandi bien établi : la nuit et uniquement en temps de pluie.
Pas de chance pour les potentielles victimes, la météo est capricieuse et si le soleil brille en journée, une fois disparu il laisse place aux trombes d’eau.
L’entente entre le flic et l’agent spécial ne démarre pas sur les chapeaux de roue. Qui plus est, Dalton semble avoir des raisons d’être sur le qui-vive. Son ex-femme, fortunée et jadis consommatrice de poudre blanche, pourrait faire partie des prochaines suppliciées.
Pas tout à fait résolu à laisser partir l’amour de sa vie, l’agent fédéral prend à cœur de la protéger, comptant bien sûr sur l’aide de Capra pour y parvenir.
Le policier ne tarde pas à tomber sous le charme de cette jeune femme, ce qui ne sera pas au goût de son confrère, lequel met les bouchés doubles pour coincer le salopard qui sévit dans sa ville.
Un suspect est par ailleurs arrêté. Tout semble le désigner comme coupable, ce qui ferait bien l’affaire de Capra et Dalton.
Mais ce coupable tout trouvé est-il vraiment responsable de ces crimes ? Et cette liaison entre Capra et Adele – ex-madame Dalton – pourrait-elle avoir un lien avec l’arrestation ?
Capra ne paraît pas convaincu du coup de filet. Quelque chose la tarabuste, sur lequel il ne peut pas encore mettre des mots et qui se limite à de la présomption. Et si Dalton lui cachait quelques sombres secrets ?

Non, la vérité n’est pas au fond du verre !

Si plus haut j’évoque le côté culte chez les italiens, c’est que la péloche dont il est question ici leur rappelle sûrement quelque chose.
Vous êtes d’ailleurs beaucoup à penser que le tueur ganté arborant une lame bien aiguisée ne peut être attribué qu’à nos amis transalpin.
Faux vous répondrais-je ! Outre-atlantique, chez ce bon vieil oncle Sam, on fait aussi du giallo.
The Rain Killer est effectivement un polar où s’exhalent les effluves les plus pernicieuses : drogue, sexe et alcool ! Le tout s’agrémentant d’un tueur bien rôdé, typiquement à l’italienne.
Mais voilà, nous sommes bien aux States, à l’aube des 90’s. Le giallo, à cette époque arbore déjà une plus pâle figure, et il est à se demander pourquoi Rodman Flender, crédité comme producteur, a investi quelques biffetons dans une entreprise peut-être un brin périlleuse ? D’autant plus que ça ne joue pas la carte du modernise. Un fond de jazz ou retenti un saxophone, une ambiance un brin surannée et qui rappelle davantage les années quatre-vingt dans leur début, des flics aux méthodes uchroniques, carrément années septante – oui pardon, soixante-dix -, faut avouer c’est assez surréaliste.
Pourtant le résultat fonctionne bien, très bien même ; entre des meurtres violents sans pour autant tomber dans le gore outrancier et des scènes à l’érotisme softcore, finalement, cet ensemble baigne dans une atmosphère à la fois familière et étrangement novatrice.
Mais novatrice dans quel sens me direz-vous ? Eh bien! vous avez de ces questions vous alors.
Les années nonante – oui pardon, quatre-vingt-dix -, débutent tout juste et pourtant on nous refile un film laissant à penser qu’il vient d’une autre époque. Comme oublié au fond d’une salle de montage et que la femme d’ouvrage aurait retrouvée inopinément dans un placard qui ne ferme pas bien à clé. Ce n’est pas le cas bien sûr, et après avoir vérifier le dos de la jaquette de sa VHS, on constate bien que, oui, The Rain Killer appartient bien à cette nouvelle décennie. Ce qui s’avère alors novateur, c’est l’audace avec laquelle le réalisateur, Ken Stein et le scénariste Ray Cunneff – avec l’aval de qui vous savez – nous balancent le truc.
Ce parti pris de faire du neuf tout en gardant la bonne vieille recette du polar, bien estampillé film B, est tout bonnement admirable. C’est osé, je le répète encore, mais Diable comme cela se révèle terriblement efficace.

Eh merde! J’viens de m’prendre une porte… putain ça fait mal !

Dés l’entame du générique, les premières notes d’un blues pessimiste résonnent à nos oreilles de mélomanes. Un morceau qui fleure bon la clope qui s’égrène dans un cendrier posé sur le coin d’un vieux bureau, sur lequel repose tout à côté une bouteille de vieux scotch déjà bien entamée. Un flic fatigué, les pieds posés sur la tablette, le col d’une chemise blanche légèrement jaunie ouvert, la cravate dénouée, regarde le ventilateur dont le mouvement circulaire à la lenteur hypnotique lui rappel combien sa vie est miséreuse. La moiteur de l’air est palpable, elle exacerbe les tensions et dehors, inlassablement, la pluie ne cesse de tomber. De temps à autres on peut entendre un petit  »ploc ploc ». Quelques goûtes viennent s’échouer sur la vitre sale.
Bon, je vais m’arrêter là parce que je vais vous écrire un roman façon Raymond Chandler. Enfin plus comme Raymond que comme Chandler, mais roman quand même.
Toutes ces lignes ennuyeuses pour vous dire combien la force de cette bande original fait mouche, et augure un bon film à venir.
Une belle intrigue aussi, rondement menée malgré son aspect un brin téléphoné. Certes vous n’aurez sûrement pas de mal à lever le voile, mais vous aurez le temps d’apprécier ces quelques séquences dans lesquelles nos deux protagonistes se donnent la réplique. Quelques truculences dans le phrasé ne manqueront pas de sublimer les arcanes de cet énigme qui s’évertue, parfois un peu maladroitement mais avec une telle honnêteté, à fausser les pistes.
Le tout dans un rythme formidablement bien maîtrisé, assumé jusqu’au bout dans son caractère polar à l’ancienne, ce qui est loin d’être péjoratif dans ce cas-ci.
Au contraire, puisque Ken Stein parvient à insuffler quelques doses d’action, lesquelles apportent un contraste intéressant, sans pour autant dénaturer la nature même du métrage. Et puis, avec sa réalisation plutôt esthétique, le mec parvient à nous séduire plus qu’on ne l’espérait. La très belle photographie, elle, nous entraîne au plus profond de cette ambiance glauque, ponctuée par la présence de Capra et Dalton. Ray Sharkey et David Beecroft, un duo qui s’éloignera totalement de la conviction qu’on a dés le départ de leur relation : effet de surprise en somme qui aura l’intelligence de ne pas jouer sur les clichés du genre. Tant mieux !
Deux acteurs qui ne seront malheureusement pas mis en valeur lors du doublage en français. Un doublage médiocre qui pénalise un peu le long de Ken Stein, donc bon conseil, si vous avez l’occasion de le visionner dans sa version originale c’est pas plus mal… en fait c’est carrément mieux !
Abstraction faite de la version française bien pourrave, les deux acteurs sont lumineux dans ces ténèbres, une présence qui crève l’écran et qui ramène un petit côté rétrograde dans leur interprétation qui est de toute beauté.
Ray Sharkey, qui décédera trois ans à peine après la sortie du film, campe un Capra fatigué qui noie ses regrets dans une bouteille bon marché. Très bon jeu d’acteur au demeurant, crédible d’un bout à l’autre.
En rentrant dans la peau de l’agent Dalton, David Beecroft se met à jouer l’ambiguïté avec une telle aisance qu’on parvient nous-même à douter du rôle qu’il tient pendant cette enquête. Même si, et je préfère le dire une nouvelle fois, on comprend assez rapidement où le scénario nous emmène, on n’est pas déçu pour autant tant l’acteur donne de sa personne.

J’vais te descendre connard !

Vous l’aurez compris, si vous êtes un adepte des polars un peu vintage et du giallo, The Rain Killer devrait remplir jusqu’à la moindre de vos exigences : tueur dans l’ombre, parfois en vue subjective, un beau couteau qui tranche bien et un brin d’érotisme où il vous sera donné de voir la belle paire de loches de la non moins belle Tania Coleridge, avouez, pour le coup, vous n’êtes pas trompé sur la marchandise.
Un petit film bien sympathique donc, le genre qui mériterait bien une belle édition Blu-Ray de par chez nous, parce que sincèrement, il ne démérite aucunement et vaut la peine d’être vu dans de bonnes conditions… et surtout en VO !

De Ken Stein (1990)

Avec : Ray Sharkey, David Beecroft, Tania Harcourt-Cooze,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie. Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore ! L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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