So Long Stuart Gordon

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Des incendies qui ravagent des pays entiers, une pandémie qui tue les populations sans qu’on comprenne réellement pourquoi, des gens dans la rue avec des masques à gaz, Vanessa Paradis qui chante quotidiennement sur Instagram… CGIs mis à part, cette première partie de l’année 2020 ressemble à une mauvaise production SyFy… Et comme si l’ambiance n’était pas assez pourrie, voilà que la Grande Faucheuse nous prend l’un des derniers grands Maîtres de l’horreur ! Stuart Gordon c’est un vrai amour du théâtre puis du cinéma, une vraie réflexion sur l’horreur et sur nos peurs mais c’est aussi de sacrés films à la fois divertissants, amusants, glauques et malins… Des films qui ont tous choqué et amusé nos globes oculaires et nos cervelets… Depuis 1985 Stuart Gordon a marqué toutes les générations d’horror addicts et de monster kids… C’est un nom autour duquel on a tous un souvenir fort, un souvenir qui a d’ailleurs souvent été l’un des premiers de notre amour pour le cinéma bizzaroïde et passionné… On vient de perdre un grand monsieur et un grand cinéaste, l’un des derniers à pouvoir autant nous rapprocher les uns des autres !


Quelle claque que ce film… Et la superbe édition BR/DVD sortie il y a peu chez Ecstasy Of Films ne fait que le confirmer, le x-ième visionnage de cette pépite étant toujours aussi jouissif.

Mais on n’oublie jamais sa « première fois » et le jour où j’ai découvert Re-Animator au cinoche est à marquer d’une pierre… rouge sang. Du haut de mes 17 ans, alléché par le synopsis et les photos découvertes dans nos magasines préférés (au hasard, Mad Movies, à une époque où ça y causait beaucoup moins de cinoche chiant), j’attendais impatiemment la sortie du film dans un ciné liégeois.  

Hasard agréable, son exploitation était toujours d’actu quand pris fin ma session d’examens de juin… Comme notre rituel avec quelques potes était de se faire un resto, puis une toile (puis une beuverie, chuuut…) après avoir bûché ardemment sur ces dits examens, je n’offris guère de choix à mes condisciples : moi, c’était Re-Animator ou rien ! Même si je devais y aller seul… La plupart de mes potes de l’époque étant plutôt réfractaire aux horror-movies, certains sont allés voir un quelconque machin dont je n’ai plus aucun souvenir. Mais une petite poignée d’autres m’a suivi, et dire qu’ils ont été secoués est un très faible mot. Il faut savoir que dans ma classe, j’étais un peu le canard boîteux qui aimait le sang, la tripaille, le gore… On m’écoutait poliment quand je causais d’un film qui m’avait plu, poliment…mais jamais longtemps. Disons que je lassais vite l’auditoire… (qui a dit « C’est toujours le cas, connard ! » ?). Avec le Re-Animator de Stuart Gordon, je peux vous dire que j’avais frappé fort : entre ceux qui m’ont pris pour un taré et ceux qui ont accroché et pris un panard de fou – comme moi évidemment – j’en ai vu des réactions bien différentes chez mes voisins de fauteuils ! Mais la majorité de la salle était conquise, hurlant, riant… et réalisant qu’on matait une vraie tuerie sur grand écran !

Après la séance, les potes se sont rassemblés pour la fiesta post-ciné. On a bien ri, on a bien bu mais quand je suis rentré, très tard, c’était Re-Animator qui me restait en tête : les hallucinants Jeffrey Combs et David Gale, la sublimissime Barbara Crampton (j’en suis tombé raide dingue direct !), les effets gores totalement fous, le délire total… Quel pied j’ai pris ce jour-là. Sans doute une de mes séances ciné les plus mémorables. Rien que pour ça Monsieur Gordon (mais aussi pour tout ce que vous nous avez offert par la suite), je vous dis MERCI… Rest In Peace (même si avec l’ami Herbert, ce serait plutôt Rest In Pieces…).


La première fois que je vu le nom de Stuart Gordon, c’était en légende au-dessus d’une photo du Dr Pretorius dans cette bible qu’est 101 Monstres Ringards de Jean-Pierre Putters… J’ai neuf ans et l’image me terrorise… Cette masse de chair informe qui semble hurler est l’un des monstres les plus flippants que je n’ai jamais vu ! Mais cette bête m’attire… Je n’y peux rien… Les mots « pulsions sexuelles », « gore-nichon » (passons outre le jeu de mot) ou encore « sado-masochisme » dans le texte explicatif rendent la consultation de cette page encore plus sulfureuse… J’ai alors rangé cette pelloche dans un endroit sombre et brumeux de ma tête… Un endroit dans lequel dans j’irais piocher plus tard. Je suis encore trop petit et je mettrais quelques années avant de découvrir From Beyond « pour de vrai ». Je regarderais d’abord mon DVD Re-Animator de chez Seven7 plusieurs fois… C’est pourtant bien From Beyond qui ouvrira le bal de mon amour pour Stuart Gordon ! Dès le premier visionnage, cette bobine me donnera une double claque…

Première claque : le film est beau, il est magnifique ! La photographie rosâtre est magistrale ! Les effets spéciaux de John Carl Buechler et Gabe Bartalos (entre autres) sont poisseux et gluants, comme je les aime ! La scène finale est incroyable et vomitive ! Les bestioles qui flottent dans le grenier me mettent mal à l’aise… Les scènes avec Barbara Crampton sont joliment érotiques… Même cette étrange scène dans laquelle Ken Foree se bat en slibard contre un énorme ver venu de l’au-delà est absolument dingue ! Tout est logique et tout est là pour flatter nos rétines…

Deuxième claque : le film est intelligent. Si From Beyond est une bisserie particulièrement visuelle et divertissante, c’est aussi un film qui parle de l’humain en montrant ses travers. La pelloche mélange fantastique et fatalisme… Au-delà de l’humanité il n’y a que terreur et mort, deux choses déjà bien enfouies en nous… Et si le film est aussi efficace sur ce point c’est que Stuart Gordon, comme tout au long de sa carrière, parvient à tirer le meilleur de ses acteurs et des moyens mis à sa disposition ! Le réalisateur prend tout ce qu’on lui donne pour faire une série B intelligente et réfléchie et pousser le concept de base un peu plus loin… Ce sera une constante dans sa filmographie !

Aujourd’hui, le Dr Pretorius me fait beaucoup moins peur mais il me fascine toujours autant… Pour ça et pour tout le reste : merci Stuart Gordon ! Tu auras réussi à fasciner plusieurs générations de cinéphiles en devenir et tu auras réussi à faire des films qui se regardent encore et encore et qui n’ont pas fini de nous révéler tout leur intérêt !


Lorsque nous prîmes la décision de faire un petit papier sur Stuart Gordon, du moins d’évoquer notre film préféré parmi la filmographie exemplaire du réalisateur, c’est Fortress qui s’imposa derechef à mon esprit.

Pour comprendre ce choix, il faut remonter à l’année 1993. J’ai douze ans – enfin presque – et comme neuf fois sur dix je découvre une pléiade de films grâce mon cinéphile de père.

Un soir le voici qui rentre, les bras chargés de VHS en provenance du vidéo club, et dans le lot une jaquette retient mon attention : Fortress !

Je dois bien l’avouer, je n’avais pas encore vu Re-Animator à cette époque, trop jeune sans doute pour que l’on daigne me le montrer. Mais ce film ne semblait pas poser de problème à mon père. Par ailleurs il n’aurait pas été contre nous montrer quelques trucs plus « sanglants », mais ma mère ne l’entendait pas de cette oreille. Ayant reçu l’aval du commandant en chef pour diffuser la péloche, mon père eut tôt fait de balancer la petit boîte noire dans le magnétoscope. Et il était heureux le bougre, car au casting il y a Christophe Lambert !

Dés l’entame j’ai les yeux rivés sur la petite lucarne. Je découvre un monde où, surpopulation faisant, il n’est toléré qu’un seul enfant par famille. Si on ne respecte pas la règle, c’est la case prison manu militari !

Le sujet est tout de même glaçant… Vient ensuite l’arrivée dans cette fameuse forteresse, cette prison souterraine tout en béton garnie. Quelle claque je me prends ! Et cette réalisation à la redoutable technicité, et ces bastons que le génial Christophe Lambert mène dans une maestria de coups de poings et de pieds, cette détermination à sauver sa femme des griffes du vilain directeur (formidable Kurtwood Smith), cet ordinateur plus intelligent que l’homme… Bref ! Fortress restera à jamais gravé dans ma mémoire, comme le souvenir d’une soirée où je découvre pour la première fois un certain Stuart Gordon, confortablement installé sur le canapé, sans prendre un instant conscience du temps qui passe. Rien que pour ça, merci m’sieur Gordon !


Difficile de dire quel est mon Stuart Gordon préféré… Comme beaucoup, j’ai découvert ses deux premiers films à l’adolescence, et comme toutes les premières amours, ça te marque un homme au fer blanc. Mais pourtant, plus le temps passe (plus je vieillis ?) et plus je trouve que Dagon est définitivement son meilleur film. Gordon y est alors à son zénith et nous délivre un tour de force, vu le maigre budget dont il disposait (Julio, sale pingre !). La réussite de cette énième adaptation Lovecraftienne réside en partie dans l’atmosphère cauchemardesque que Gordon parvient à insuffler à sa bobine : la pluie tombe en permanence, la menace est diffuse et les autochtones se montrent particulièrement chelous. Plastiquement, le film est magnifique. La photographie grisâtre plombe l’ambiance, le design des nombreux hommes poissons est sidérant et les décors sont merveilleusement immersifs… Ils rendent la ville d’Imboca tangible et crédibilisent ainsi le récit. On a alors la sensation d’évoluer réellement dans cette ville portuaire délabrée, on pourrait presque sentir le froid sur nos joues et humer la vieille poiscaille… Enfin, le film se montre aussi particulièrement tendu et bien stressant, l’horreur est à la fois insidieuse et bien graphique. Ainsi, Dagon est à mon sens le grand classique oublié de la filmo de tonton Gordon, qui nous rappelle en outre que le réalisateur n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il était épaulé par Brian Yuzna à la prod…


Si ma mémoire un bonne, ce devait être un jour pluvieux en semaine. L’après-midi.

Je séchais les cours (comme souvent) et je me baladais en ville, trainant dans le centre-ville, alors riche d’une bonne poignée de salles de cinéma : Palace, Concorde, Forum, Churchill… Le Palace proposait un film dont j’avais lu quelques mots dans le Mad Movies : Re-Animator.

Après avoir acheté mon billet, je me retrouvai dans une salle quasi vide, vaguement impatient, ne sachant pas trop à quoi m’attendre.

Les lumières s’éteignirent et le générique démarra. Je crois bien que c’est ce foutu générique qui m’a happé avant même de voir la première image : les planches anatomiques joliment bariolées qui défilaient accompagnées de la musique terriblement excitante de Richard Band (avec sa boîte à rythme qui pétait bien et son hommage-plagiat au thème de Psychose) m’avaient déjà plongé dans le film. Le voyage avait déjà commencé et la certitude que j’allais passer un bon moment ne faisait pas l’ombre d’un doute.

Un anti-héros au regard halluciné responsable d’un joyeux festival gore totalement décomplexé. Au menu : une tête décapitée libidineuse, de la boyasse animée d’une vie propre, des zombies, des geysers de sang… Bref, un spectacle qui reflétait à mes yeux le talent -et la générosité !- d’un mec dont le nom jusqu’alors m’étais totalement inconnu et que je n’allais pas oublier de sitôt : Stuart Gordon.

Merci Monsieur Gordon.


Lorsque la Mort s’en va froidement faucher quelques âmes en péril de par le monde, sa funèbre moisson emporte parfois avec elle des êtres dont la perte nous laisse difficilement indifférents. Mais pour ma part, hors de question de pleurer ce grand – et gros – bonhomme que fut Stuart Gordon. Je préfère au contraire me souvenir, en me plongeant au cœur de cette délicieuse nostalgie, de cet immense réalisateur qui a fortement contribué à me faire aimer et découvrir ce ciné bis – tendance horrifique – que je vénère tant.

Un film référence ? Non, pas vraiment. Même si Re-Animator, From Beyond et Dagon remportent assez aisément les suffrages sans devoir passer par un second tour.

Mais il y a ces scènes qui, inexorablement, auront à jamais imprégnés mes bisseuses rétines. Un docteur Hill donnant des cours de langues mortes vivantes bien placés dans l’entrecuisse d’une Barbara Crampton ligotée nue sur une table d’autopsie. Un Prétorius changeant d’apparence à volonté et qui ne se privera pas (qui s’en priverait d’ailleurs?) de peloter l’exquise déesse précitée en « adaptant » la taille de sa paluche toute gluante aux proportions mammaire de la jolie blonde. Ou encore cette sinistre et angoissante virée au sein des rues humides et suintantes de la maléfique Imboca, les exemples sont légions et même des perles telles que Dolls et le trop souvent mésestimé Castle Freak en regorgent à foison.

Alors rien que pour cela si, à tout hasard tu trouves une seringue remplie de liquide fluoresçant qu’aurait laissé trainer Saint-Pierre dans un p’tit coin de paradis, fais-toi plaisir et passe nous faire ce fameux Re-Animator 4 qui devait prendre racine à la maison blanche. Trump zombifié par notre bon vieux Herbert West ça doit être quelque chose quand même !

Et sinon, merci pour tout très cher Master of horror…

Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique des fanzines Cathodic Overdose et Good Morning Captain, élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.
Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !
Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie. Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore ! L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.
Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.
Nick Mothra
Gamin, je me pâmais d’admiration devant les figurines de « La Planète des Singes », revivant à travers mes dessins et mes maquillages « maison » les destinées tragiques de Zira et Cornelius. Plus tard, tel le Docteur Moreau, je charcutai un vieil ours en peluche et en faisais une honorable copie de gorille. J’avais alors découvert King Kong, le seul l’unique de 1933. Par la suite, les marges de mes cahiers d’école se remplirent successivement de requins mangeurs d’hommes (après la vision de « Jaws »), de morts-vivants (suite à la diffusion d’un extrait de « l’Enfer des Zombies » à la télé), de dinosaures de tous poils (de toutes écailles plutôt), de Godzilla et encore de zombies… Et… Et… Bref, le cinéma fantastique a forgé mes goûts et jalonné ma vie… Et ça continue, aujourd’hui encore.
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Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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