Zombieland : Double Tap

« Are you lonesome, tonight? »

Mine de rien, ça fait une bonne quinzaine d’années que le zombie a fait peau neuve, si vous me passez l’expression, et s’est retrouvé sur le devant d’une scène qu’il n’avait plus occupé depuis un bon boit de temps, réaffirmant les doigts dans le nez (ou du moins dans les orifices nasaux) sa position privilégiée de monstre populaire, gérant comme un chef son leadership de l’horreur. Historiquement, force est de constater que c’est bel et bien Edgar Wright qui avec son Shaun Of The Dead devance d’un an seulement le come-back du parrain de la chair putride : le très regretté George Romero (Land Of The Dead). Les deux films, chacun dans leur genre, ont l’intelligence et le génie de revisiter le mythe du zombie. 

Land Of The Dead, outre un sous-texte social (même si à ce niveau-là ça tient plus de la caricature : les élites fortunées et méprisantes finiront de toutes façons par se faire rattraper par les masses miséreuses), l’excellent film de Romero introduit l’idée du zombie doté d’une mémoire fragmentée, le poussant à reproduire les gestes de sa vie d’avant.  

Quant à Shaun Of The Dead, il n’existerait pas sans les films de Romero, c’est certain; il s’en approprie l’univers apocalyptique et respecte très humblement les codes définis dans la célèbre trilogie des morts. A ce titre le film de Wright est probablement le premier « feelgood movie avec des zombies », très rapidement suivi par une floppée d’oeuvres semi-parodiques ou pour le moins rattachés à la comédie : Zombies of Mass Destruction, Cockney and Zombies, Fido… Comme le précisait très honnêtement le slogan de l’époque, Shaun Of The Dead n’était rien d’autre qu’une comédie (anglaise en l’occurence, ça a son importance) avec des zombies. A ceci près qu’Edgar Wright est un amoureux du genre et quand il décide de nous montrer des morts-vivants, il le fait avec une jubilation évidente, mêlée d’une déférence tout à fait respectable pour ses aînés (Tonton George en tête donc).

Emma Stone : ça change de Lalaland

Bref, le zombie ne se porte pas trop mal depuis toutes ces années même s’il n’est plus ce qu’il était. Devenu la plupart du temps un prétexte à rigoler (Dead Snow, Manuel de survie à l’apocalypse zombie…), une menace interchangeable (remplacez les zombies de TWD par euh… des loups sanguinaires par exemple, l’impact sur la trame narrative sera le même), un thème vaguement méta (iZombie, Santa Clarita Diet…) voire même un sprinter hors pair (Last train for Busan, Kingdom…), le mort-vivant contemporain est bien éloigné des décharnés craspecs de bandes horrifiques des années 70. Ah oui, tout fout le camp, madame! Même les zombies! Vous vous rendez compte? 

Dans ce contexte de revival zombie, sort en 2009, Bienvenue à Zombieland de Ruben Fleisher. Prévue au départ pour une série TV qui ne connaitra jamais qu’un seul épisode, l’histoire est un road movie en apocalypse zombie et présente quatre personnages qui n’ont a priori aucuns atomes crochus. Agréable surprise, le film vaut surtout pour son ton décontracté et ses acteurs au généreux capital sympathie, Woody Harrelson en tête. Rien de surprenant. L’intro a elle seule fait preuve d’une réjouissante inventivité visuelle dans l’énonciation des règles de survie. Tout au long de l’intrigue, l’alchimie entre les personnages opère peu à peu et parvient à nous immerger dans cet univers sympathique : du gore soft, des zombies maladroits (et rapides, précisons-le!), des running gags savoureux, des punchlines en veux-tu en voilà et surtout une séquence hilarante et presque culte aujourd’hui : la visite de la villa de Bill Murray, la guest star jouant son propre rôle. Je ne suis pas un grand amateur des catégorisations à outrance, mais force es de reconnaitre que nous avions là un véritable et très réussi « feel good movie avec des zombies ».

Nevada : pas juste une barmaid…

10 ans plus tard… 

Les personnages évoluent toujours dans le même univers peuplé de zombies… Les choses ont tout de même un peu changé : Tallahassee (Woody Harrelson) se la joue papa poule avec Little Rock (Abigail Breslin) qui n’est désormais plus une petite fille, Columbus (Jesse Eisenberg) et Wichita (Emma Stone) filent presque le parfait amour. La route de ce joyeux quatuor va croiser celle de nouveaux personnages plutôt gratinés : Madison, l’archétype de la blondasse nunuche, Nevada, une bomba latina qui s’est réapproprié Graceland, l’ancienne résidence d’Elvis Presley devenue un musée…

Ruben Fleischer le déclare : le tournage du premier volet avait été une expérience tellement agréable que chaque membre de l’équipe ne rêvait que d’une seule chose : remettre le couvert. Et  il aura fallu attendre dix ans pour trouver l’alignement parfait des astres ou plutôt un créneau commun aux plannings respectifs des comédiens qui, entre temps, avaient fait leur bout de chemin, telle Emma Stone (Wichita) fréquentant désormais les grosses productions Marvel et les comédies musicales à succès. A entendre le réalisateur, toute cette bande de potes semblaient plutôt planifier leurs vacances en groupe que la réalisation d’un long métrage.

Alors, que vaut donc ce Retour à Zombieland

Très sincèrement, je serais bien en peine de dire ce que j’ai réellement éprouvé à sa vision. Le sentiment d’assister au même film dans un version un peu moins tonique, comme si, en dégustant votre Margarita adorée, vous soupçonniez le gars en charge des cocktails d’avoir été radin avec la Tequila. Les fans du premier volet me comprendront : les règles de survie, par exemple sont toujours aussi rigolotes et visuellement sympas… sauf que le temps a passé et que ce type d’effets est devenu monnaie courante. 

« Juste ton baise-en-ville, qu’on avait dit! »

Reste l’apparition des nouveaux personnages qui s’intègrent plutôt pas mal dans l’équipe d’origine, à commencer par Madison, la blonde écervelée tête-à-claques qui finira pas s’avérer assez émouvante et surtout Nevada, en quelque sorte le pendant masculin de Tallahassee, synthèse savante de toutes les femmes fortes et sexy qu’Hollywood a produites en bientôt quatre décennies.

Et puis, évolution oblige, une nouvelle gamme de zombies fait son apparition. Elle se décline de manière assez savoureuse, reconnaissons-le : les Ninjas qui se déplacent en silence et encore plus rapidement que leurs prédécesseurs, les Hawking capables d’échafauder des stratégies d’attaque, les T-800… plus agressifs et que les balles peinent à arrêter, et enfin -mes préférés- les Homer : obèses et pas très finauds. 

Tout cela est extrêmement sympathique et s’agence honorablement : la mise en scène fait preuve d’inventivité et n’oublie pas d’être divertissante, malgré le recours un peu trop systématique aux cascades et effets spéciaux numériques (Ah, ces geysers d’hémoglobine trop gracieux pour être vrais!) et l’ensemble du final frise l’overdose de figurants synthétiques fleurant bon les algorithmes de gestion des foules et marchant allègrement sur les plates-bandes de World War Z. La vraisemblance dans ce type de films fait souvent appel à nos réserves d’indulgence et on pardonne facilement certaines fantaisies, mais… trop c’est trop et par moment la désagréable impression d’assister à du gros n’importe quoi vous fait décrocher. 

Cependant, si vous êtes du genre à voir le verre à moitié plein (ce qui n’est pas mon cas), vous ferez abstraction de ce dernier acte complètement loupé et retiendrez le plaisir d’avoir passé deux heures palpitantes avec vos vieux potes… Moi je n’y arrive pas tout à fait…

Retour à Zombieland (Zombieland : Double Tap) de Ruben Fleischer (2019).

Nick Mothra
Gamin, je me pâmais d’admiration devant les figurines de « La Planète des Singes », revivant à travers mes dessins et mes maquillages « maison » les destinées tragiques de Zira et Cornelius. Plus tard, tel le Docteur Moreau, je charcutai un vieil ours en peluche et en faisais une honorable copie de gorille. J’avais alors découvert King Kong, le seul l’unique de 1933. Par la suite, les marges de mes cahiers d’école se remplirent successivement de requins mangeurs d’hommes (après la vision de « Jaws »), de morts-vivants (suite à la diffusion d’un extrait de « l’Enfer des Zombies » à la télé), de dinosaures de tous poils (de toutes écailles plutôt), de Godzilla et encore de zombies… Et… Et… Bref, le cinéma fantastique a forgé mes goûts et jalonné ma vie… Et ça continue, aujourd’hui encore.
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