FAMILY BLOOD

Ce bon vieux Jason Blum est décidément un petit sacripant. Il a toujours, comme dans la hotte du Père Noël, un petit film de derrière les fagots à nous sortir, comme ça, sans crier gare! Et c’est toujours la même rengaine qu’on entend : il y a à boire et à manger. Sous entendu qu’il peut nous sortir le meilleur comme le pire.
Du bon, du très bon même, le gaillard a été capable de nous en offrir. Je ne reviendrais jamais assez sur l’excellent Get Out, preuve s’il en faut que chez BlumHouse on sait aussi dénicher les pépites. Et en restant parfaitement honnête, on ne crache pas sur la société du sieur Jason, lequel est tout de même le seul à proposer un catalogue exclusivement horrifique et fantastique, comme le fit à une époque une certaine Hammer.
Le problème, c’est de vouloir privilégier la quantité à la qualité, et ce Family Blood en est malheureusement la preuve.

Ellie, un mère de famille anciennement toxicomane, est bien décidée à faire table rase du passé.
Ayant récupérer la garde de ses enfants, Kyle et Amy, elle démarre sa nouvelle vie dans une nouvelle ville et dans une nouvelle maison.
Chaque soir elle se rend aux réunions de groupe afin d’évoquer sa dépendance aux médocs.
Elle va faire le connaissance d’un drôle de paroissien, en la personne de Christopher. Un soir, alors qu’elle succombe par faiblesse à la prise de puissantes pilules, Ellie est attaquée par une force mystérieuse… enfin bon pas si mystérieuse que ça au final, puisque Christopher s’en prend à elle, délibérément.
Par cette agression il va révéler ce qu’il est vraiment : un vampire ! Un suceur de sang solitaire qui voit en la mère de famille une détresse qui l’interpelle. Il décide de faire d’elle sa nouvelle compagne et lui offre dés lors cette vie éternelle et de damnation.
Petit à petit la donzelle va sentir s’opérer un changement. Sa pharmacopée est à l’image d’un Capitaine Haddock et de son éternel Loch Lomond. Dégoût total pour les petites gélules et l’abjection ne s’arrête pas là, puisqu’une vulgaire tasse de café provoque chez elle des vomissements en geyser.
Seul met trouvant grâce à ses yeux, je vous le donne en mille… le sang pardi !
La métamorphose est en cours, et pour ses enfants la seule explication rationnelle est qu’elle a fini par replonger dans ses vieux démons.
Kyle et Amy ne tarderont pas à découvrir la vérité, et l’arrivée de Christopher au sein de la petite famille ne va pas rendre les choses plus faciles.

« En voilà encore un qui a voulu faire son intéressant en touchant au sacro-saint mythe du vampire ! » ais-je pensé lorsque le film toucha à sa fin.
Une fois de plus voici que les enfants de la nuit, pour paraphraser Leslie Nielsen, sont capables de sortir en plein jour. Et pourtant il ne s’agit pas d’une parodie.
Bien évidemment que je crie au sacrilège ! Vous trouvez ça normal vous ? Quelle idée de vouloir à ce point démystifier une image aussi séculaire que celle du Vampire – oui je lui mets volontairement une majuscule.
Si encore ça ne tenait qu’à cela, ça aurait pu être un demi-mal, mais Family Blood est bien décidé à nous emmerder jusqu’au bout.
C’est pourquoi il emprunte le chemin du drame, celui d’une famille qui cherche à se reconstruire, principalement évoqué par la présence de la mère et de ses vices, mais dont le sort semble s’acharner toujours un peu plus.
Comme si la rédemption n’était en définitif qu’une chimère à laquelle ne peut accéder que quelques privilégiés.
Dés lors le scénario n’en termine plus de s’enfoncer dans le métaphorique à bon marché : les dangers de la drogue, le mal que cela provoque sur le plan physique comme sur le plan familiale,…
Et oui, en plus de sa balader le jour sans avoir besoin d’une crème solaire indice deux milles, voici que le vampire (oui bon je vais pas toujours mettre une majuscule), devient une allégorie pompeuse sur le thème de la défaillance. Parce qu’évidemment on le sentait venir de loin, bien sûr qu’elle allait replonger la nana. Elle subira les conséquences de son acte, et bon sang (sang mauvais jeux de mots) c’est à ce point téléphoné que cela nous aspire une sorte de mépris envers le réalisateur et co-scénariste, Sonny Mallhi, à qui on aurait envie de demander si c’était volontaire ou non.
A t-il été victime du cahier des charges de chez BlumHouse ? Décors restreints et jump-scares à gogo étant les bases du dit cahier, ou bien a t-il réellement perdu pieds dans une entreprise de trop grande envergure ? Car à bien y regarder le postulat de départ parait assez remarquable, il y a donc eu des ornières sur la route qui le conduisait au succès ; reste à savoir qui les a provoquées.

Toujours est-il que le réal’ finit pas ne plus trop savoir où il veut aller, ni comment il va pouvoir traiter l’image de ses vampires.
En nous proposant le personnage de Ellie et de sa transformation qui semble ne pas se se passer tout à fait comme prévu, le spectateur pouvait espérer voir poindre un jour nouveau, un second souffle salvateur pour le métrage qui en avait bien besoin. Hélas, là aussi le coche est manqué !
Cette seconde partie aurait pourtant été importante, surtout après que nous ayons eut à supporter une introduction tirant en longueur, et de fait aurait du permettre aux protagonistes de se révéler un peu plus sur le plan émotionnel, grand absent de cette production qu se cherche inlassablement.
Réalisation fade, tirant en longueur sur des aspects peux importants et laissant en plan les moments forts, Sonny Mallhi laisse entrevoir à quel point il est paumé et combien le labeur lui est de plus en plus pénible.
Cela se ressent dans sa façon de diriger les acteurs, lesquels ne savent plus trop ce qu’ils ont à faire. Vinessa Shaw (Ellie) et Colin Ford (Kyle) apparaissent ainsi totalement hagards, cherchant du coin de l’œil un précieux conseil chez le réalisateur qui est bien incapable de le leur fournir. Á la limite, James Ransone (Christopher) et Eloise Lushina (Amy) s’en tirent un peu mieux. La jeune actrice est même assez surprenante dans son interprétation, tout autant qu’elle l’est à improviser pour éviter le blancs gênants. Ransone, lui, parvient même à instaurer cette crainte légitime en usant d’un regard des plus ténébreux. Ouf ! Il y a quand même quelque chose à sauver, mais c’est pas grand chose au regard du potentiel qu’aurait pu avoir la péloche si elle avait été confiée à des mains plus expertes.

Family Blood est donc le type même de film qu’on aura vite oublié, et pas seulement parce que le coup du vampire est complètement inutile dans ce cas-ci en ne servant que de toile de fond pour masquer bêtement la vraie nature narrative du long, mais aussi parce qu’il s’empêtre dans le mauvais goût. Que ce soit en terme de photographie, terne d’un bout à l’autre, ou dans l’utilisation d’un fond sonore qui tape sur le système – et qui, à son tour, n’apporte rien – tout est sans saveur et bien trop scolaire dans son ensemble.
De là à affirmer que son visionnage puisse s’apparenter à de la torture est un pas que je ne franchirais pas. Qu’il puisse, par contre, vous filer mal au crâne tant l’ennui est omniprésent, là, je le proclame haut et fort.

De Sonny Mallhi (2018)

Avec : Vinessa Shaw, Colin Ford, James Ransone,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie. Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore ! L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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