Empire of the B’s : The Mad Movie World of Charles Band

Les fans de Charles Band sont des êtres immodérés ! Les fans de Charles Band, aussi déçus soient-ils par Gingerdead Man 2, seront tout excités à l’idée d’une sortie de Gingerdead Man 3… Les fans de Charles Band aussi blasés soient-ils de voir que l’ancien génie du bis persévère dans ses films de marionnettes, continueront d’avoir le cœur qui bat dès qu’un nouveau projet Full Moon est annoncé… C’est comme ça et comme on dit le cœur a ses raisons… Un adage adapté même quand on parle de série B donc… Et dans cette catégorie de gens dont l’amour est au moins aussi gros que les catalogues de Empire et Full Moon cumulés, on trouve Dave Jay un passionné de la première heure à qui l’on doit deux bibles qui reviennent sur le parcours de notre producteur préféré (tout du moins, du mien) : Empire of the B’s : The Mad Movie World of Charles Band et It Came From The Video Aisle : Inside Charles Band Full Moon Entertainment Studio. Deux bouquins (tout en anglais, désolé pour les anglophobes) qui trônent évidemment fièrement dans ma bibliothèque. Puisque les deux ouvrages cumulés nous offrent plus de 850 pages de lecture, je vous propose de commencer par le premier livre qui revient sur la période de 1975 à 1989 couvrant les premières années de Charles Band Production jusqu’au déclin de Empire en passant par le lancement de Meda Home Entertainment et de Wizard Video.

Une couverture qui met dans l’ambiance…

Premier point fort du livre : l’auteur principal et ses rédacteurs ont décidé de chroniquer chacun des films produits sous le joug de Charlie, et dans l’ordre chronologique de tournage et de production s’il vous plait. C’est peut être un détail pour certains mais cela permet de passer réellement dans les coulisses de la production et comprendre ainsi pourquoi certains films sont sortis bien après leur réalisation comme Dolls et Robotjox. Ce choix est bien plus intéressant qu’un rangement par date de sortie qui ne permettrait pas de comprendre aussi bien les enjeux et tractations derrières les coulisses menant Charlie d’un projet à un autre avec sa logique et ses pulsions… On attaque donc avec Mansion of The Doomed, Crash et Cinderella tout en faisant quelques détours pas les nombreuses compilations T&A’s (pour Tits & Ass). On est loin du haut du panier mais cela permet de comprendre comment le futur magnat de la série B des années 80 pose les jalons de sa filmographie, comment il lance ses projets et surtout comment il est devenu ce personnage un poil revanchard très appâté par les portraits de Benjamin Franklin imprimé sur des petits billets verts. Le livre continue ensuite en enchaînant les chroniques de l’intégrale du catalogue Empire avec ses titres les plus connus (Re-Animator, From Beyond, Terrorvision, Ghoulies, Trancers, Troll, Prison…) mais aussi la collection Wizard Videos et ses fameux titres réalisés et/ou dirigés sous les ordres de Tim Kincaid…

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Eh oui les amis, il fut un temps où les films estampillés « Charles Band » voyaient le jour au cinéma !

Ces multiples textes restent cependant des chroniques et n’engagent en fait que les goûts des rédacteurs dont deux sur trois ne semblent pas si fanboys que ça… Qu’importe, remarque, cela ajoute un regard objectif sur l’ensemble de ces films même si le traitement réservé à Ghoulies 2 me semble extrêmement sévère ! On ne tape pas sur Ghoulies 2 les gars ! Ce qui est vraiment intéressant dans ces chroniques c’est qu’elles sont pour la plupart accompagnées de critiques cinéma de l’époque. Il s’agit souvent des jeux de mots ou des petites phrases cinglantes condensant certains aspects de la bobine en question pour mieux souligner que même à l’époque ces productions étaient vues comme la seconde division du cinéma populaire. Mais ce qui est encore plus intéressant, ce sont ces petits cadres Trivia offrant quelques anecdotes plus ou moins croustillantes (souvent plus que moins) sur les tournages, mais pas que. On y apprend par exemple qu’il est désormais possible de passer une nuit dans les décors de Prison pour gagner un t-shirt ou un stylo de l’état du Wyoming !

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Attention Phil, encore un livre qui dit du mal de Ghoulies 2 !

Mais l’intérêt principal de ce livre, ce sont ces nombreuses interviews avec des figures plus ou moins marquantes de l’histoire de Charles Band. On y apprend que c’est Tim Thomerson qui avait repéré Helen Hunt alors qu’elle n’était encore qu’une gamine. On y découvre le respect de Jeff Burr et de Courtney Joyner pour le travail abattu par Charlie Band. On y découvre que Ted Nicolaou a autant d’affection pour la réalisation que le montage et ce, même s’il a parfois bien du mal à suivre les folies de son producteur. Richard Band nous évoque également sa jeunesse, lance un message regrettant le manque de budget alloué par son propre frérot et lâche même une belle anecdote lorsqu’il raconte qu’il aurait dû ouvrir pour les Stones avec son groupe adolescent lorsqu’il vivait encore en Italie. Albert Pyun, Robert Ginty, Ed French, Tim Kincaid, Screaming Med George, Phil Fondacaro, David Schmoeller font également partie de la liste des interviewés tandis que Stuart Gordon nous gratifie d’une introduction au bouquin, elle aussi remplie d’anecdotes croustillantes. Mais surtout, surtout je dis, Charles Band lui-même se prête au jeu des questions réponses revenant sur son enfance sur les plateaux de tournage avec son père, sur la découverte de certains talents, sur ses regrets, sur sa relation avec Irwin Yablans… Comme souvent, le producteur répond à sa convenance, n’hésitant pas à se contredire, notamment au sujet de The Last Foxtrot in Burbank, film obscur dont personne ne semble assumer la paternité… Charlie nous raconte même ses premiers courts-métrages, son amour pour le cinéma expérimental et arty… Bref, un petit délice !

« Dis Stuart, j’ai encore lu des mauvaises reviews de ce film… Tu en penses quoi toi de Ghoulies 2 ? »

Il manque malheureusement quelques noms à la liste des interrogés. Quel dommage de ne pas avoir remué le couteau dans la plaie en interviewant Brian Yuzna par exemple ? Et pourquoi ne pas avoir tendu le micro à John Carl Buechler (le spécialiste des FX affilié à Empire) mais aussi à Paul DeMeo et Danny Bilson (scénaristes de Trancers, Zone Troopers, Eliminators ou encore Arena), trois des personnalités les plus évoquées tout au long du book ? Pourquoi ne pas avoir poussé un peu plus aussi ces quelques échanges avec Gorman Bechard (Galactic Giolo, Psychos In Love, Cemetery High), peut-être l’une des personnes les plus aigries vis-à-vis de Charles Band, allant même jusqu’à avouer vouloir lui déchirer le visage avec des tessons de bouteille ? Vous me rétorquerez que le livre est déjà bien riche comme ça et vous auriez bien raison. Tout le contenu est déjà suffisant pour dresser un portrait à la fois flou et cohérent de ce cher Charlie. Chaque interview, chaque anecdote, chaque chronique n’a en fait qu’un seul but : comprendre comment Charles Band est devenu Charles Band. Comment un gamin qui suivait son père Albert Band sur les tournages est devenu un producteur à succès allant même jusqu’à racheter les studios de Dinocittà dans la banlieue de Rome. Comment Charles est devenu un être et un cinéaste aussi adulé que détesté. La liste de ses fidèles reconnaissants est aussi longue que celle de ses détracteurs les plus farouches… Difficile à comprendre réellement et à démêler le vrai du faux mais il semblerait que Charlie soit simplement un être de contraste et de passion, un éternel enfant avec quelques cicatrices et accidents dont il a gardé les séquelles pour en faire des forces. Certaines interviews reviennent d’ailleurs sur la manière dont Charlie a dû faire face à quelques échecs comme lorsqu’il s’est fait arnaqué en revendant la compagnie vidéo Meda Home Entertainment…

Dis Richard, tu penses pas qu’il faudrait ranger ton clavier ?

On pourra tout de même regretter que Empire of the B’s : The Mad Movie World of Charles Band manque de précision sur plusieurs points et semble passer rapidement certains sujets sans réellement creuser (la relation avec Kincaid, les prises de bec avec Yuzna…). Le défaut majeur reste cependant cette affreuse maquette. La mise en page est très pauvre, loin d’être à la hauteur des visuels auxquels on associe Empire. Idem pour l’iconographie, loin d’être aussi riche qu’on pourrait le souhaiter. Certaines photos n’ont absolument aucune utilité et sont incroyablement pixellisées, à l’image de cette photo de profil de ce bon vieux Ted Nicolaou qu’on aurait bien troqué contre des images de tournage… Certains diront que je chipote. Peut-être mais c’est un défaut qui me semble surprenant dans un livre entièrement dédié à un homme qui a inondé les vidéos clubs et les cinémas sous des tonnes d’images chatoyantes. Ces défauts sont tout de même équilibrés par une dernière partie de livre qui revient sur les catalogues complets (film et jeux-vidéo, oui oui) de chez Wizard et revient même sur la génèse de certains films perdus (Last Foxtrot In Burbank, Pulse Pounders…).

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The Primevals un film de David Allen en production depuis… 1978 ! Si, si, un jour ça sortira !

On tient tout de même là un livre qui devrait ravir les complétistes et Bandistes convaincus et qui devrait aussi permettre aux moins férus de comprendre un peu mieux ce personnage insaisissable. Je réitère donc : ce livre doit trouver une belle place dans votre bibliothèque entre le rayon ciné et le rayon biographie (puisque ce book n’est rien d’autre qu’une sorte de biographie qui ne dit pas son nom). Peut-être même que la lecture de ces quelques pages vous motivera à voir et revoir certaines bobines toujours aussi délicieuses qu’elles soient boiteuses ou non ! Hail to the king ! Hail to Charles Band !

Ah, et comme précise plusieurs fois dans le book, pensez à bien revoir Zone Troopers, peut-être l’un des meilleurs films de la période Empire !
Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique des fanzines Cathodic Overdose et Good Morning Captain, élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.

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