L’interview « presque façon Proust » de Germain Aguesse

Un soir de 1998, en Haute-Savoie ! Trois vieux briscards fêtent le départ à la pension de Serge. L’alcool coule à flot et le divin breuvage aura tôt fait d’enivrer ces robustes Savoyards. Au petit matin, c’est dans l’inquiétude générale qu’ils se réveillent : il n’y a plus rien à boire ! Aussitôt nos retraités filent vers le village dans le but de se réapprovisionner. Sur place, ils vont découvrir que les morts reviennent à la vie. Une horde de zombies s’attaquent alors à eux, et pour survivre, ils devront compter sur l’aide providentielle d’un curé pas comme les autres ! Le Dernier Vermouth est un court-métrage qui mélange adroitement l’humour et l’horreur. Un petit film jouissif et gore, surréaliste et effrayant, composé de personnages à la truculence sans pareille. Bourré de références, tant visuelles que scénaristiques, le court signé par les deux frangins Germain et Robin Aguesse emprunte des sentiers où nuls autres n’avaient encore jamais mis les pieds, révélant ainsi un potentiel plus que prometteur. Pour nous, en tous cas, c’est un vrai coup de cœur, on a adoré et on en redemande encore ! Pour prolonger notre plaisir, et le partager avec vous, Germain Aguesse, le sympathique co-réalisateur (avec son frangin Robin) du Dernier Vermouth, a eu la gentillesse de répondre à notre interview « presque façon Proust ! » et l’échange a été très très sympa ! Santé !

Bonjour Germain et merci d’avoir accepté d’intervenir sur Monsters Squad. Tout d’abord, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Quel est ton parcours ?

Bonjour et surtout merci à vous de me consacrer cette interview ! Je suis féru de cinéma depuis tout petit et naturellement, quand je suis arrivé à l’âge de choisir une orientation, j’ai décidé de tenter le cinéma. J’ai fait une école de ciné basée en région parisienne qui s’appelle l’Institut International de l’Image et du Son, plus connue sous le nom 3IS. J’en suis sorti diplômé fin 2017, spécialisé dans le montage mais avec l’envie d’écrire et de réaliser bien en tête !

Concernant Le Dernier Vermouth, ton premier film, comment est né le projet ?

L’idée est née du cerveau de mon frère, Robin qui a un parcours bien différent du mien mais un intérêt pour le cinéma tout aussi certain. En 2015, il est parti travailler dans le secteur du bâtiment en Savoie et c’est là qu’il a eu cette idée plutôt sympa de mêler paysans savoyards et zombies dans un court-métrage. Lors de mes études j’ai dû effectuer un stage et j’ai réussi à trouver une petite télé locale basée à Saint Jean de Maurienne, à deux rues de chez mon frère. J’ai alors découvert cette superbe région et j’ai commencé à m’intéresser à l’idée que mon frère avait commencé à développer tout doucement. C’est comme ça qu’est né le projet « Vermouth » !

Mieux que les frères soeurs Wachowski : the Aguesse’s Brothers ! (crédit photo : Gaëtan Lamarque)

Pour financer le film, tu es passé entre autres par Ulule. C’était indispensable pour mener le projet à bien ? Cela semble devenu un peu incontournable à l’heure actuelle non ?

On est effectivement passé par Ulule. La campagne a duré 45 jours et a rencontré un réel succès, dépassant alors complètement nos attentes ! C’était indispensable pour nous de nous rapprocher de ce moyen de financement. Je sortais tout juste d’étude, j’avais une seule expérience de réalisation (un court-métrage de 3 minutes qui a reçu quelques sélections en festivals par la suite) et je découvrais à peine le système de production du cinéma. On a donc préféré garder une production « fait maison » avec le soutien très précieux de nos contributeurs. Le financement participatif est un super système de financement quand on débute pour réussir à rassembler un beau budget et tenter de mettre en images des idées parfois loufoques !

Ah, donc Le Dernier Vermouth n’est pas vraiment ton premier film ? Tu peux nous parler un peu de ce court-métrage de 3 minutes ?

Disons que Le Dernier Vermouth est mon premier film dans des conditions de tournage professionnelles. Mais avant ça j’avais réalisé Lyla, un court-métrage étudiant qui parle d’un homme équipé d’une hache qui récupère une petite fille qui marche sur le bord de la route…
Ce petit film a eu quelques sélections et notamment le prix « Best mini film » au U-Horror Film Festival. J’étais assez content de voir que ce film qui était ma première expérience d’écriture et de réalisation puisse plaire, notamment dans un pays étranger !

Revenons au Dernier Vermouth. Les comédiens, tous impeccables, ont-ils été réceptifs au projet rapidement ?

Merci pour eux ! (Ils ont d’ailleurs été récompensé du prix « Best actors » lors d’un festival étranger, ça nous a fait plaisir de voir que cette comédie assez « terroir » puisse plaire aussi en dehors des festivals francophones). Ils ont été très réceptifs oui. J’ai rencontré Daniel Gros (le barbu de l’équipe) lors de mon stage et c’est lui qui m’a présenté Serge Papagalli puis Gilles Graveleau.
Ils ont accepté rapidement le projet malgré son côté décalé, ça témoigne d’une belle ouverture d’esprit quand même ! Et surtout ils nous ont fait confiance alors qu’on était clairement débutant dans le cinéma. Ce sont des mecs extraordinaires avec qui on a aujourd’hui encore une super relation. Gilles jouera d’ailleurs dans notre prochain court que l’on tournera début septembre, à priori.

Une fine équipe !

Le film est rempli de petites (ou grosses) références bien sympathiques. Est-ce avant tout un plaisir personnel que de les avoir intégrées, ou cela s’est-il imposé, peut-être inconsciemment, au cours de l’écriture ?

C’était avant tout un plaisir personnel, soyons honnêtes, mais justifié !
Disons qu’on se lançait dans une comédie de zombies qui se passe en 1998 avec un trio de comédiens qui a de la bouteille, ça nous paraissait impensable de ne pas mettre plein de références à des films qui nous ont marqué. Et ça passe par la référence directe à du texte du Corniaud à du clin d’œil discret, le nom de la pompe à essence par exemple. D’autres sont forcément inconscientes et pas forcément voulue mais en s’attaquant au thème « zombie », difficile de ne pas citer les films qui ont été faits depuis 1932.

Quelles sont les réactions des chanceux qui ont pu découvrir ton film ? Es-tu confiant pour la suite ?

On nous dit souvent « on veut voir la suite ! » ou « c’était trop court ! ».
C’est hyper encourageant pour nous, ça nous donne envie de continuer et d’aller plus loin, vers le long-métrage par exemple… Qui est doucement en train de s’écrire d’ailleurs. Ça avance plutôt bien. Donc oui, plutôt confiant !

Ce sera donc un long métrage finalement ? N’avais-tu pas envisagé une série ?

Je vois que vous avez l’œil ! Effectivement on a un moment envisagé une série. On trouvait que ça s’y prêtait bien et qu’il y avait matière à étendre l’histoire sur 8 épisodes par exemple.
Mais finalement on est revenu sur notre idée première : ce court-métrage a été pensé comme un « teaser » de long-métrage et on avait beaucoup d’idées déjà écrites !
On a donc tout regroupé et on a maintenant une bonne histoire qu’on espère vraiment voir prendre forme ! Serge Papagalli est d’ailleurs partant pour écrire les dialogues avec nous !

« Retourne sucer des bites en enfer ! » (crédit photo : Gaëtan Lamarque)

Comment « vit » le film ? Des festivals je suppose ?

Le film est terminé depuis janvier 2019 donc on peut dire qu’il est plus près de sa « fin de vie » que du début. Depuis sa sortie, on a fait une quinzaine de projections en France (Grenoble, Lille, Paris, Lyon, Montpellier et plusieurs villes de Savoie où on avait tourné comme Saint Michel de Maurienne ou Aussois). On a pu faire plusieurs festivals en France et à l’international. On a eu la chance de trouver un distributeur (Elkin Communication) fin 2018 qui nous a beaucoup épaulé dans cette aventure et qui continue aujourd’hui, notamment pour l’écriture du long-métrage.
Pour les prochains mois il reste tout de même quelques évènements et festivals, notamment une sélection pour le prix Jean-Pierre Mocky au Festival du film Polar de Cognac, un prix qui récompense les films décalés ou loufoques, on est plutôt bien dans le thème ! Probablement une projection vers Grenoble également à l’automne. Et puis enfin le film terminera sur notre chaine YouTube pour qu’il soit accessible à tout le monde.

Et puis, on peut le dire puisque Monsters Squad est lié à cette convention, le film va être projeté en Belgique lors du Rétro Wizard Day (enfin si un certain virus nous fout la paix…) ? Première projection dans le plat pays, c’est juste ?

Exactement ! C’est un honneur pour nous d’être projeté lors de cet évènement ! On l’a découvert il y a quelques mois et on peut dire qu’on a hâte d’y être ! Ce sera notre première convention et je pense que c’est vraiment une bonne entrée en matière ! Et comme vous le soulignez, ce sera également une première pour le plat pays effectivement, ça nous fait bien plaisir que ce soit dans de si bonnes conditions ! On nous a demandé plusieurs fois si nous comptions le diffuser en Belgique… On peut enfin le dire, on arrive !

Quels sont tes projets, hormis le long, et si tu avais un film « de rêve » à concrétiser, quel qu’il soit, ce serait quoi ?

Nous travaillons sur différents projets en parallèle. Le premier c’est Le Dernier Vermouth en long-métrage donc, le second est un court-métrage que nous devions tourner en mars mais que nous avons dû décaler à septembre, un film d’anticipation à la frontière entre réel et science-fiction qui traite de la fin du monde, on peut dire que c’est assez actuel… Et le troisième c’est un court-métrage qui traite d’une histoire méconnue de la seconde guerre mondiale et la Ligne Maginot… Affaire à suivre ! Nous travaillons aussi avec un ami qui tient une chaine YouTube du nom de « Capsul Pop ». Il va prochainement lancer un projet et nous devrions donner un coup de main… Un film « de rêve »… Je dirai que c’est notre projet de long-métrage pour le moment. On a commencé à travailler sur ce projet depuis près de 5 ans maintenant, on a vraiment envie de le voir se concrétiser au cinéma !

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Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est ton premier film vu (et le contexte) ?

Ne m’en voulez pas mais je vais faire une double réponse ! Mon premier souvenir de film vu à la télé c’est Retour vers le futur. En noir et blanc sur la vieille télé de mon arrière-grand-mère. On dit souvent que les premières fois sont décevantes, là ce n’était pas le cas ! Mon premier souvenir de film au cinéma c’est Toy Story 2 ! J’avais adoré (et j’adore toujours). Petite dédicace à ma grand-mère qui nous emmenait très souvent au ciné quand on était petit et qui n’est clairement pas étrangère à notre passion pour le cinéma. Bisous mamie ! (- on la bisoute aussi si tu permets 😊 ) – Bien sûr !

Ta scène ciné culte ?

Difficile de choisir… Mais une scène qui me vient en tête tout de suite (notamment parce que mon bureau est devant une affiche de ciné de l’époque) : la découverte du Saint Graal dans Indiana Jones et la dernière croisade. J’adore ce film, cette ambiance, ces bruitages de coups de poings si singuliers, ces acteurs au top de leurs formes… Un film que j’ai dû voir 50 fois et que je compte bien revoir encore ! Film à voir en VF évidemment… Impossible de passer à la VO alors que je l’ai découvert en VF étant enfant. Vous connaissez ça aussi ? (- ah oui ! Même si je préfère majoritairement voir les films en VO, quand ce sont des madeleines de notre enfance/adolescence, découvertes en VF, impossible de repasser en VO. Les Chuck Norris de chez Cannon en sont un excellent exemple pour bibi 😉 )
– Tout pareil ! Je regarde toujours les films en VO mais quand on a découvert certaines perles étant jeune, c’est vraiment difficile de faire machine arrière ! J’avais essayé avec Retour vers le futur mais impossible, j’aime beaucoup trop la voix de Richard Darbois, de Pierre Hatet ou encore de Luq Hamet.

Cette scène, c’est un peu le Graal de Germain…

Le film qui t’a le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Ça n’a rien d’original mais j’ai vraiment été déçu par la dernière trilogie Star Wars qui m’avait pourtant vraiment enthousiasmé lors de son annonce. J’ai un peu de mal à comprendre comment ils ont pu rater à ce point la suite des aventures de Luke, Han et Leia… J’étais écœuré devant l’épisode 8 et j’ai vraiment souffert du 9 et de ce qui ressemble à du rafistolage. Espérons qu’ils relèvent la barre avec Indiana Jones 5 ! On peut rêver non ?

Ton moment, ta scène d’humour préférée ?

Je suis un grand fan des films de Francis Veber avec le duo Pierre Richard/Depardieu.
Le meilleur des trois, à mes yeux, est Les fugitifs, sorti en 1986. J’aime énormément l’une des premières séquences où Pierre Richard braque une banque et rate absolument tout ce qu’il entreprend puis finit par prendre en otage Depardieu, tout juste sorti de prison…. Une comédie qui n’a pas pris une ride et deux acteurs extraordinaires.

Pierre, on t’a pourtant dit que ce masque ne convenait pas face au Covid-19 !

Ta scène gore favorite ?

Une scène qui m’a bien marqué est dans 28 semaines plus tard, de Juan Carlos Fresnadillo, quand Don fait « beaucoup de mal » à Alice, à coup de pouces dans les yeux notamment. A chaque fois que je revois cette scène je repense à la première fois que j’ai vu le film quand j’avais 12 ans, un beau souvenir !…

La scène érotique la plus bandante, excitante pour toi ?

David Lynch, Mulholland Drive, Noami Watts et Laura Elena Harring. Je pense que vous visualisez la scène ? Je me trompe ? (- désolé, tu tombes mal ici avec moi, j’ai beaucoup de mal avec David Lynch, hormis Elephant Man, Une Histoire vraie et une partie de Twin Peaks 😉. Mais certains membres de notre team adorent… Ceci dit, cette scène a un potentiel érotique certain 😊 )
– Je n’ai découvert le film qu’en 2017 lors d’une séance « UGC culte ». Franchement… Très beau souvenir ! Merci l’UGC !

Le film le plus déjanté que tu aies vu ?

The Mask. Avec mes frères (on est 4 frangins…) on a usé la bande de la vhs quand on était petit.
C’est clairement pour moi l’un des meilleurs films des années 90. Jim Carrey est incroyable dedans !
La suite est abominable d’ailleurs, si vous ne l’avez pas vue, ne perdez pas votre temps ! (- Vue…malheureusement… )
– Aïe… Courage ! 😊

L’ami Jim a vu la photo ci-dessous….

La scène la plus flippante à tes yeux ?

6e sens sans hésiter, la scène où Cole va aux toilettes pendant la nuit et qu’il court ensuite se réfugier sous sa tente. Un film que j’ai découvert assez jeune également avec mon frère. On était pétrifié tous les deux ! Ce n’est pas la scène la plus flippante du cinéma mais j’en garde un souvenir tout particulier !

Ton actrice/acteur sur laquelle/lequel tu as fantasmé (mais vraiment hein) ?

Facile ! Mais un peu gênant… Sarah Michelle Gellar. J’avais 9 ans quand est sorti Scooby-Doo 2 au ciné… J’avais des affiches du film dans ma chambre et notamment un poster de Sarah (merci le Journal de Mickey) devant lequel je m’arrêtais souvent. J’étais fou d’elle !

Pour le plaisir des yeux de Germain…et les nôtres aussi, disons-le franchement (hein Ced 😉 )

Ton souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

La découverte du film Ed Wood de Tim Burton. Un film qui retrace la vie du mec considéré comme le plus mauvais réalisateur de tous les temps, rien que ça… C’est ce film qui m’a définitivement poussé à vouloir faire du cinéma et qui m’a ensuite donné envie de découvrir le cinéma fantastique américain des années 30 puis 40 puis les films de la Hammer et tant d’autres. Je dois beaucoup à Tim Burton pour ça ! J’ai énormément de bons souvenirs liés au cinéma mais celui-là est probablement le plus marquant pour moi.

Merci infiniment pour ce superbe échange et rendez-vous en octobre !

Merci beaucoup à toi Germain pour le temps accordé, les réponses sincèrement très intéressantes et puis merci aussi à toi et ton équipe pour Le Dernier Vermouth, qui nous a bien fait marrer. Et comme pas mal de monde te l’a dit, ON VEUT LA SUITE ! 😉  

Le lien vers la page FB du film pour ceux qui veulent tout savoir…ou presque : https://www.facebook.com/lederniervermouthlefilm/

PS : Merci au poto Ced Valentin pour la relecture et l’intro 😉

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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