PUMPKINHEAD

Tout de même, tout ce qu’on peut faire avec un peu de latex !

Non ce n’est pas déjà Halloween ! Allez-vous cesser de croire que, parce qu’il y a le mot citrouille, on se réfère systématiquement à cette fête païenne… c’est vrai quoi, c’est lassant à la fin.
Dés lors il est parfaitement louable de vous causer de Pumpkinhead à un moment de l’année, choisi au hasard au gré d’un visionnage, pour faire un petit topo sur le film de Stan Winston.
De toute façon, dés qu’il y a une bestiole aux allures caoutchouteuses, nous dans la Squad on peut pas s’empêcher d’en tomber amoureux. Et je ne vous raconte pas comment on doit retenir Matt lorsqu’une gloumoute bien gluante pointe le bout de son nez ; ses pulsions animales se mettent en branle ! 😁
Ladies and Gentlemen, suivez le guide, je vous emmène au cœur de l’Amérique rurale.

Aaaah ce bon vieux Lance, efficacité garantie !

Faisons donc la connaissance de Ed Harley, épicier et heureux propriétaire d’une magnifique camionnette Ford F-100 de 1963. Ah oui, et il a un fils aussi… c’est tout de suite moins intéressant que la belle mécanique, mais faut bien en causer puisque c’est par la faute de ce morveux que le démon va nous rendre une petite visite.
C’est que c’est incorrigible un gamin. Alors qu’il accompagne son daron à l’épicerie, débarque une bande de jeunes amateurs de moto-cross.
Alors évidemment on y croise le bad boy de service et son frangin qui admire son aîné comme Dieu le père, un pote sympathique et gendre idéal affublé de sa nana aux instincts maternels tout ce qu’il y a de plus touchant, et deux autres greluches qui sont là pour faire joli.
Du beau monde en somme. Le gentil petit couple de la bande s’en allant directement caresser le crâne du petiot, et accessoirement celui du chien aussi, tandis que les autres s’affairent à débarquer les motos pour une petite démonstration du savoir-faire de Joel (le rebelle) et son frère Steve (l’admirateur).
Pendant ce temps, Ed, qui ne voit pas d’un œil très réjouis l’arrivée des jeunots, doit s’absenter pour livrer des vivres chez des pouilleux survivalistes dont la marmaille est, à bien y regarder, issue de la consanguinité.
Les deux branleurs sur la moto virevoltent avec leur bécane, ne faisant plus vraiment attention à ce qui se passe autour d’eux. Ainsi ils ne remarquent même pas que le gamin est parti à la recherche de son chien. Trop tard, c’est l’accident ! Joel percute le petit, lequel s’écroule littéralement. Bien que les nanas s’ébrouent à son chevet, tentent d’appeler les secours, rien à faire : Joel a déjà pas mal d’emmerdes avec la justice, alors on se casse et fissa !
Plus tard, dans les bras de son père désarmé, le gosse rend son dernier soupir, non sans lui adresser un dernier mot.
Désemparé, Ed ne pense plus qu’à se venger. Il se rend dans la cabane d’une vieille sorcière et l’implore de faire quelque-chose.
C’est alors que la vieille femme va invoquer un démon, on le nomme Pumpkinhead dans la région, et pour lui donner corps il faut déterrer un cadavre dans un vieux cimetière au cœur d’une plantation de citrouilles. Ah mais voilà qui explique le titre… c’était pas bien compliqué et toujours mieux que « Le Démon de Halloween » tel qu’il fut titré chez nous.
Dés lors que l’être vengeur se réveil, nos jeunots auront tôt fait de prendre leurs jambes à leur cou – ouais parce que les motos… kapout – et fuir aussi loin qu’ils le peuvent.

C’est sûr, elle a jamais vu une crème anti-rides !

Fuir n’est pas le mot d’ordre lorsqu’on évoque les années 80, où la pléiade de bisseries foisonnèrent sur les étals des vidéos clubs. Fuir… non ! Au contraire, on se jetait aisément dans la gueule du loup en succombant face à ces belles jaquettes de VHS. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire, mais vous devez avouer que le pire pouvait aussi avoir une gueule bien appréciable.
Pumpkinhead ne fait pas partie du pire, ça non. Pas du meilleur non plus… enfin quoique.
Á bien y regarder, le premier film de Steve Winston, entre-autre un génie des effets spéciaux qui officiera sur Alien, Terminator, Predator,…, fait davantage office de figure incontournable pour tous les amoureux de créatures hideuses et pernicieuses comme il faut.
Il va sans dire que, à l’époque, la péloche ne bénéficie pas d’un budget colossale. Trois petits millions, voilà ce que la société du producteur Dino de Laurentiis propose, via sa holding DEG.
Une somme qu’il va falloir gérer en bon père de famille, mais sans oublier de consacrer quelques biffetons à la fabrication de la bête.
Steve Winston préfère cette fois ne pas prendre en charge les effets spéciaux, préférant au contraire se concentrer sur la réalisation. C’est donc à Alec Gillis, Shane Mahan, John Rosengrant et Tom Woodruff Jr (qui portera le costume) de donner vie à Pumpkinhead.
Humanoïde doté d’une grande tête angulaire, légèrement décharné, les doigts crochus et un regard plein de malice, voilà à quoi ressemble le chef-d’œuvre du studio.
C’est beau tout cela me direz-vous, mais est-ce que cela suffit à parfaire le film ? Non, vous répondrai-je. Il ne suffit pas d’une hideuse créature pour garantir le succès.
Il faut aussi une bonne trame narrative, de bons dialogues, une belle photographie, une réalisation soignée,…
Pumpkinhead possède presque tout cela. Adapté d’après un poème de Ed Justin, le long se pare d’une narration somme toute assez classique, sans fioriture où nous faisons la connaissance de jeunes gens à l’allure banale. Comme souvent le cas à cette époque, on n’étoffe pas inutilement les acteurs d’une psychologie bien pensée. C’est con-con et c’est bébête, ça manque de rondeur et c’est en tout point le prétexte facile pour que le vilain xénomorphe puisse passer ses nerfs.
En bref, la sempiternelle chasse menée par un antagoniste belliqueux et la tentative, bien vaine dans ce cas-ci, des écervelés pour lui échapper. Rien de bien neuf donc, sauf peut-être ce que les scénaristes veulent bien conférer à Pumpkinhead, à savoir : un être qui malgré son caractère démoniaque, ne semble pas craindre crucifix et autres terres sacrées. Par exemple, cette scène splendide dans la vieille église détruite, lorsque le démon pénètre les lieux. Cultissime !
Ou encore, le lien indivisible qui unit la « chose » et le pauvre paysan. Rappelez-vous que, derrière tout cela, il y a une invocation et une vieille magicienne. Peut-être bien les seuls instants où les dialogues sont les plus percutants, plus mystérieux et singuliers. « Vous êtes un imbécile, Ed Harley ! ». Cette mauvaise vieille femme, à la peau fripée, a une telle répartie que cela confère à un de ces moments qu’on oublie jamais.

« J’ te vengerai mon gamin » !

Des truculences il y en a pléthore, et je ne résiste pas à l’envie de vous en servir encore une petite, LA meilleur en mon sens : « Quand on sort d’ici, Joel va ramener ses couilles à la maison dans un sac à dos.». C’est ce qui participe aussi aux charmes de ces petites productions, une certaine liberté dans le texte qui démontre à quel point le dialoguiste s’est lâché.
Le vrai héros de ce film étant ce bon vieux Lance Henriksen, on aurait pu s’attendre à ce que, comme souvent, ce dernier n’ait pas de grandes lignes de dialogues. Voir même une personnalité un peu éteinte. Ce n’est pas une critique, non mais qu’allez-vous penser ? Surtout pas venant de moi qui adore Lance… ah non ce serait mal me connaître ! Justement, quel bonheur de le voir ici dans la peau d’un péquenaud qui révèle une grande émotion à la mort de son fiston. L’acteur – qui a participé à élaborer l’image de son personnage – est tout ce qu’il y a de plus sublime dans son interprétation ; grave et tendre à la fois, vindicatif et rédempteur, bref, le bonhomme nous offre quelques facettes qui trompent l’ennui que nous aurions pu avoir autrement.
Finalement, mis bout à bout, ces ensembles permettent à Pumpkinhead de tirer son épingle du jeu. La photographie est tout ce qu’il y a d’honorable et la réalisation de Steve Winston, malgré qu’elle soit un brin scolaire, ne démérite pas. Pour autant, l’homme est tout de même plus à l’aise dans les effets spéciaux et ne mènera pas une grande carrière derrière la caméra.
Mais bon, ça fonctionne bien pour ce film pour lequel quelques chipoteurs trouveront toujours à redire : manque d’envergure, un scénario trop prévisible, des séquences répétitives qui font davantage office de vitrines pour y balancer le monstre,… Faut-il le rappeler, on est sur un film à petit budget et très caractéristique de son temps. Ce n’est pas une gageure, au contraire puisque celui-ci a aujourd’hui le statut, amplement mérité, de film culte.
Et on a bien de la chance de l’avoir eu, car il connut une sortie plutôt chaotique suite à la faillite de DEG. Racheté par United Artist, ces derniers ont bien failli le renommer « Vengeance – The Demon ». Ouf, on y a échappé.

« Ciao bello !!! Et bonne visite dans l’au-delà !« 

Trois suites verront le jour, et même si le deuxième opus conserve toute ma sympathie, rien ne vaut vraiment le premier qui aura marqué le spectateur. Bon sang ce que ce Pumpkinhead, autant la bobine que la créature, est génial et purement jouissif. Combien il est encore capable, à notre époque, de nous faire kiffer plus que de raison. Un pur régal en somme, qui vaut vraiment son pesant de cacahuètes !

De Stan Winston (1988)

Avec : Lance Henriksen, Jeff East, Florence Schauffler, Mayim Bialik,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie. Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore ! L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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