Elephant Man

La re-sortie récente en 4k de ce chef d’œuvre m’a donné envie de vous causer de ce petit bijou que j’ai revu il y a quelques temps. Ayant toujours été un grand fan de John Hurt (quelle filmo !) je fus très peiné voici un peu plus de 3 ans quand j’appris son décès. Et l’après-midi même, presque comme une nécessité, je mets dans le lecteur DVD la galette d’un film mettant en scène ce formidable comédien : Elephant Man. Paradoxal d’avoir envie de voir celui-là précisément vu qu’il y est méconnaissable sous les traits de John Merrick, mais c’est ainsi… Quand une envie vous prend, difficile de la réfréner. Et puis, même sous la tonne de latex appliquée par l’excellent Christopher Tucker son talent éclate, une fois de plus. A noter que pas moins de douze (!!) heures de maquillage ont été, au départ, nécessaires pour donner l’aspect que l’on connait à John Hurt, maquillage élaboré à partir des moulages en plâtre qui ont été réalisés sur de vraies parties du corps de Joseph Merrick, prélevées pour des recherches scientifiques. Revenons au film et au contexte de ce jour où je l’ai revu : en plus de rendre un modeste hommage à ce formidable comédien, je suis très heureux de faire découvrir ce chef d’œuvre à ma femme et mon fils de 14 ans – à l’époque – qui vont avoir la chance de le voir pour la première fois, celle qu’on ne remplace jamais… Place donc à deux heures de cinéma dans un silence pesant…

En prenant soin de respecter la vérité historique de la plupart des aspects de la vie de son personnage principal, ne s’autorisant que quelques aménagements purement cinématographiques, David Lynch nous conte donc la vie de Joseph Merrick, jeune homme atrocement déformé dès sa prime jeunesse par une maladie rare qui fera de lui un phénomène de foire. Le film est notamment basé sur les écrits du médecin qui recueillit Merrick, le docteur Frédérick Treves, interprété à l’écran, et de bien belle manière, par Anthony Hopkins.

Tout le monde a en tête LA scène dévoilant le physique meurtri de cet homme-éléphant (surnom qui lui a été donné par une légende, colportée par lui-même, qui veut que sa maman, alors enceinte de lui, tombe et manque de se faire piétiner par un éléphant lors d’une parade de cirque, images mises en scène par Lynch en ouverture du film) et il est impossible pour tout être humain normalement constitué de ne pas être bouleversé par ce que l’on voit à l’écran. Mais c’est bien plus encore dans le regard du docteur Treves, lors de sa découverte de Merrick en début de métrage, que l’émotion est à son comble : exploité par l’ignoble Bytes, un montreur de foire sans scrupules (terrible Freddie Jones), on voit le monstre par les yeux pétrifiés de tristesse du médecin et les larmes qui coulent le long de sa joue en disent bien plus long que toutes les images qui suivront. Le film est commencé d’à peine 5 minutes que déjà la boule au bide est là et la gorge se noue… Puissant.

C’est Mel Brooks (via sa société Brookfilms) qui, bouleversé par l’histoire de Merrick, produit le film. Face à la Paramount, il défendra becs et ongles les choix de Lynch, notamment celui de filmer en noir et blanc (difficile d’imaginer le film autrement…). Bien aidé par la photo de l’Hammerien Freddie Francis, sublimée par ce noir et blanc magnifique, Lynch va passer en revue les différentes étapes de la courte vie de Merrick, depuis sa rencontre avec le médecin jusqu’à son décès, toujours en privilégiant l’aspect humain de cette histoire et surtout, sans jamais en faire trop dans le larmoyant ou le tirage par la manche disant « c’est là que vous devez pleurer ». N’étant pas du tout un fan de Lynch (hormis le présent film et Une Histoire Vraie, le reste de son oeuvre me fait royalement chier…), j’ai particulièrement apprécié la sobriété avec laquelle il raconte cette histoire, pour nous offrir un film qui de toutes manières n’aurait rien gagné à en faire trop : la simplicité, relative, est un des nombreux atouts de ce qui nous est offert (tout juste reconnait-on le style souvent psychédélique de Lynch lors de la scène d’ouverture reprenant les légendaires causes de la difformité de Merrick, exposées plus haut).

Malgré le fait que Treves soit d’une aide incommensurable pour Merrick, Lynch nous montre également, sans éluder la question, que ce dernier fût pour beaucoup dans la crédibilité scientifique du médecin et l’assise de sa réputation au sein de sa faculté : il est clair que sans sa découverte par Treves, Merrick n’aurait pas vu sa vie radicalement modifiée. Mais sans la rencontre avec Merrick, Treves n’aurait sans doute pas connu sa célébrité. A certains moments, se pose même la question de savoir si le médecin ne se sert pas de sa créature de la même manière que celui à qui il l’a arrachée, pour son propre et seul intérêt. Par la suite, Treves découvrant que Merrick n’est pas l’idiot qu’il s’imaginait mais un être humain intelligent et possédant des qualités profondes, un vrai respect s’installe entre les 2 hommes dont les vies se retrouvent changées à jamais. L’évolution de Merrick au sein de la société est d’ailleurs probablement l’aspect le plus passionnant du film tant Lynch parvient à nous faire ressentir que le regard des gens change l’égard de cet être « différent » quand celui-ci montre son humanité.  Il est au départ un monstre parmi des humains puis devient un humain parmi les monstres…Car oui, la monstruosité se cache bien plus en certains hommes qu’en cet être, certes difforme de corps, mais beau de l’âme. Ainsi, outre l’horrible Bytes, le personnage du gardien de nuit de l’hôpital, qui organise contre monnaie sonnante et trébuchante des visites guidées nocturnes afin d’exposer Merrick à ses amis avinés, est proprement abject. Et l’épisode y faisant suite, quand Bytes retrouve et enlève son ancien gagne-pain à sa nouvelle vie pour lui faire subir de nouveau les pires traitements, nous arrache quasiment des cris de rage…

Des cris, mais de détresse cette fois, seront poussés par Merrick qui, parvenant à échapper à son geôlier avec l’aide d’autres freaks du cirque où il est enfermé, retourne à Londres où, poursuivi par la populace vindicative après avoir perdu le sac qui recouvre son visage, se retrouve acculé dans les toilettes publiques de la gare par des « humains » prêts à le lyncher.  La phrase qu’il hurle face à ses poursuivants nous offre sans doute LA scène la plus terrible du film : « Je ne suis pas un éléphant…je ne suis pas un animal…je suis un être humain…je suis…un homme ! ». Inoubliable.

La fin du film nous offre heureusement une respiration dans la tristesse qui l’englobe, en nous montrant Merrick, recueilli de nouveau par Treves, réalisant un de ses rêves en assistant à une pièce dans un théâtre londonien. Pur moment de bonheur pour cet homme simple qui se laissera ensuite glisser vers la mort, enfin apaisé… Quel film ! Ah oui, j’allais oublier : après deux heures d’un silence seulement entrecoupé de petits sanglots, gorges nouées, les regards embués de la famille se sont croisés et les larmes ont coulé…

de David Lynch

avec : John Hurt, Anthony Hopkins, Freddie Jones, John Gielgud…

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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