HEREDITE

Nouvelle production frappée du sceau de la boîte A24, à qui l’on doit It comes at night et le beau mais gentiment soporifique The witch, Hérédité c’est un peu le film qui a, en cette douce année 2018, créé le buzz un peu partout dans le monde du cinéma fantastique. Ce qui n’est en soi pas forcément un gage de qualité : remember The witch quoi. Et ce n’est pas vraiment l’entame de cette intrigue qui va nous rassurer sur le pedigree de la bête…

Ellen, la matriarche de la famille Graham, vient de pousser son dernier soupir et laisse les siens en deuil. Enfin, pas trop quand même. Car hormis la petite Charlie qui semble particulièrement affectée ; Annie, la fille de la défunte, Steve, son mari, et Peter le fiston ne paraissent guère attristés par la perte de celle qu’ils qualifiaient volontiers d’étrange et de plutôt détestable. Mais à peine la vieille timbrée mise en terre, cette unité familiale va peu à peu sombrer dans l’angoisse et la terreur, devant faire face à une force invisible et surnaturelle bien décidée à pourrir les membres de la descendance d’Ellen. Grand-mère es tu là ?

Passée cette longue introduction par laquelle on comprend bien que toute la fratrie s’en cogne les rouleaux du décès de mémère, Ari Aster, dont c’est la première réalisation en format long, va ensuite nous plonger au coeur des méandres de la psyché de ses principaux personnages. Si l’on percute rapidement que le couple Graham n’est pas du style à se cravacher le fion le soir au coin du feu, notre attention est vite portée vers Steve, adolescent fumeur de cannabis, mais surtout de la jeune Charlie. Curieuse fillette au faciès pour le moins singulier, la gosse donne l’impression de ne pas vivre dans le même univers que ses parents. D’un tempérament solitaire, cet enfant qui aux dires de sa mère était la favorite d’Ellen, se définit comme un être quasi à part, découpant aux ciseaux les têtes des pigeons et pieutant à l’intérieur d’une cabane perchée au milieu des arbres même lorsqu’il gèle dehors. Peu commun. Mais ce qu’il émane de tout cela, c’est surtout un sentiment exacerbé de noirceur, d’oppression. Rien ne se dégage de positif lorsque l’on suit les exactions de ce clan qui avance constamment dans l’obscurité, sans ne jamais entrevoir une lueur positive. Et cette mise en abyme, parfois un peu (beaucoup) longuette malgré l’apparition des premiers signes avant-coureur d’une présence maléfique a le mérite, à défaut de nous scotcher au récit, de nous imprégner d’une sensation de malaise palpable. Si l’on ajoute à cela une réalisation au cordeau et une photographie absolument somptueuse, on commence à se dire que… il est fort probable que l’on assiste de nouveau à un spectacle à la The witch. Ben pas du tout en fait. Et c’est tant mieux, car la tarte dans la gueule que l’on s’apprête à recevoir ne va que davantage nous faire siffler les esgourdes.

En utilisant la base d’un scénario solide mais parfois assez difficile à cerner, Ari Aster va réussir avec brio la prouesse de porter à l’écran une symbiose parfaite se situant entres les thèmes exploitants une forme de paranoïa omniprésente, que l’on retrouve d’ailleurs chez Roman Polanski, en employant les codes d’un ciné horrifique contemporain propre aux meilleurs efforts d’un James Wan. Et le résultat s’avère être simplement hallucinant.

Car si pendant presque une heure on a parfois le ressenti de s’enfoncer dans une glaise scénaristique qui ne nous offre que trop peu de chance de pouvoir refaire surface, c’est finalement pour mieux nous surprendre, nous pauvres mortels, par la puissance de ce qu’Aster va ensuite oser nous dévoiler. Jouant habilement en tirant profit des poncifs du genre que le réal’ se réapproprie via une aisance qui flirte avec la perfection, Hérédité se transforme en une véritable bombe à retardement qui aura un effet incroyablement dévastateur. Ari Aster balaye d’un revers de main tous les points d’ancrage chers à la tribu Graham, et nous plonge dans une horreur frontale et insidieuse dont il est impossible de ressortir indemne. C’est choquant, c’est flippant à se pisser dessus, et d’une extraordinaire maîtrise.

Interprété par un casting aussi possédé que peu l’être la baraque de cette lignée malmenée par d’infernales entités, Toni Collette (Sixième sens, Krampus) propose un jeu en tout point subversif. Passant avec une facilité presque insolente d’une mère douce et aimante à celle d’une dangereuse fracassée à la personnalité trouble et inquiétante, le magistral Gabriel Byrne (Stigmata, La fin des temps) lui donnera la réplique en usant d’un flegme aussi inattendu qu’il ne sera pertinent. Enfin, la surprenante Milly Shapiro, sous les traits de Charlie, inonde cette bande par une sorte de magnétisme inhabituel assez inconfortable, ajoutant un aspect dérangeant qui accentue encore au-delà du concevable l’aura démoniaque qui suinte de tous les pores de cette macabre épopée.

Alors oui, Hérédité est bel et bien le hit attendu de 2018. Pas exempt de quelques passages un peu mous et d’un final où l’on se perd quelque peu, certes, mais pour une fois les mentions du type « le renouveau du cinéma d’épouvante » ou toutes sortes de conneries du même acabit sont parfaitement justifiées, tant cette œuvre dégage quelque chose qu’il est désormais rare de trouver dans les productions actuelles. Un pur coup de génie.

HEREDITE

Ari Aster – Etats-Unis – 2018

Avec : Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro, Ann Dowd…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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