WAR BUS

« Boum… quand vot’moteur fait Boum… la dépanneuse Simoun… viendra vers vous en vitesse… ». Les lecteurs des aventures de « Tintin » connaissent certainement ce refrain, repris en cœur par les Dupondt avant l’explosion de leur moteur. Pour ceux qui seraient intéressés, c’est dans l’album « Au Pays de l’Or Noir ». Mais nous, ce n’est pas l’or noir qui nous intéresse, plutôt l’enfer vert de la jungle vietnamienne, dans laquelle déambule un vieux bus scolaire occupé par de joyeux lurons. Dans ce contexte il n’est pas temps que leur moteur fasse « Boum », car en pleine guerre la dépanneuse Simoun aura bien du mal à se frayer un chemin.

Mais comment s’est-il retrouvé là ce bus ? Ben j’vais vous l’dire ! Tout commence par l’attaque d’une Mission par l’armée Nord-Vietnamienne, obligeant les missionnaires à fuir pour ne pas être exterminés. Et comme dans le hangar de fortune traîne un bon vieux « School Bus », on saute illico presto à bord et on se tire fissa ! Parmi les passagers, un australien que tout le monde nomme… « l’australien » ! C’est sûr, c’est original. Il y a aussi une maquerelle venue récupérer sa fille (mais sûrement pas pour les vacances scolaires), un major de l’armée Sud-Vietnamienne et le couple branlant qui dirigent la Mission. Sur le chemin qui doit les conduire au sud du pays, ils croisent la route de trois Marines qui ont, semble t-il, perdu leur compagnie. De visu, ils ont plus une gueule de mercenaires, mais bon… soit. Toujours est-il que c’est la providence qui mit ces trois là sur le chemin de nos pauvres missionnaires esseulés. En effet, le félon qui leur sert de chauffeur allait emmener le petit groupe tout droit dans la gueule du loup ! Et ce, de façon volontaire… ah l’enfoiré ! Après lui avoir fait exploser la cervelle dans les règles de l’art, les Marines vont aider les occupants du bus à gagner leur destination ; ils font ainsi d’une pierre deux coups, puisqu’en leur sauvant la vie, ils sauvent aussi la leur. Le sergent Dixie, Gus et Ben, prennent alors place dans le véhicule pour une escapade qui ne sera pas sans heurts. Au fur et à mesure de leur avancée ils vont devoir faire face à divers problèmes, dont celui de la panne sèche ou encore des attaques répétées des viêts et même des discordes qui naissent dans le groupe. De jour comme de nuit, pas le temps de se reposer, il faut continuer à tailler la route malgré la menace qui se fait de plus en plus présente. Leur nouveau but, atteindre une base abandonnée afin d’appeler le poste de commandement en vue d’une extraction de toute urgence. Malheureusement, une fois leur but atteint et le message radio envoyé, les ennemis rappliquent en nombre, et l’hélico qui doit les récupérer se fait désirer. Pas de quoi paniquer, il reste le vieux tacot. Toujours là pour rendre service, et ils en auront bien besoin si ils veulent rester en vie !

Laissez-moi vous raconter comment j’ai découvert « War Bus », à l’époque encore glorieuse de la VHS. Je me trouvais chez une tante et mon cousin, un gaillard sympathique mais con comme un manche à balai, fit une entrée fracassante en brandissant sa cassette de chez « René Chateau » qu’il venait tout juste de louer au vidéo club du coin. C’est que le lascar aime le film de guerre mâtiné d’action, encore plus lorsque cela se déroule en quelques endroits chauds et humides. Il rêvait de rejoindre les rangs de l’armée, mais… il est con je vous dis. S’empressant alors de pousser la dite cassette dans le magnétoscope, le voici qui appuie fébrilement sur le bouton « Play » ! On s’entasse confortablement dans les vieux fauteuils en tissu, motif floral, le cousin lui s’affale littéralement, clope en main et bière bon marché posée sur la table basse. Le spectacle commence et, dés les premières minutes, s’avère plus intéressant qu’il n’y paraît. Bon en même temps, j’ai neuf ans à l’époque et tout est bon à cet âge. Il en ressort cependant un fait indiscutable, on est en pleine « Rambosploitation ». Par ailleurs le film fut produit en 1985, époque où sort « Rambo II », et il en reprend les codes du genre : des gros bras armés jusqu’aux dents prêts à en découdre pour mener à bien leur mission. J’ai beau avoir neuf ans, il eut été impossible de ne pas esquisser un sourire face à la déferlante de clichés qui parsèment la pelloche. Tout y est, jusque dans le style vestimentaire. Du bandanas à la chemise sans manches qui laisse s’exhiber la puissante musculature, en n’oubliant pas la panoplie d’armes – dont la ceinture de munitions portée en bandoulière – dont l’efficacité me surprend encore aujourd’hui. Il faut bien l’avouer, quand tu tires trois coups avec une mitraillette et que tu fais quinze victimes, ça force le respect ! Alors oui, on est carrément dans du sous-Rambo à la sauce bien Bis, mais c’est totalement assumé. Ainsi, pendant plus d’une heure on assiste à une série de pétarades et autres explosions toutes plus impressionnantes les unes que les autres, à coup de grenades et bombes qui sortent d’on ne sait où. Cela combiné à une vraie recherche narrative autour des personnages – ce qui est plutôt rare dans ce type de métrage Bis – « War Bus » révèle même une petite complexité scénaristique. C’est d’ailleurs à ce moment là qu’on perd le cousin, dont le regard vide laisse deviner qu’il est carrément largué. Mais puisque je vous dis que c’est un con ! Vingt-huit ans plus tard, afin de préparer cette chronique – et parce que j’ai un bon souvenir du film – on se repasse la VHS. Là, on prend conscience que le regard d’un gosse qui n’a pas encore parfait sa cinéphilie est somme toute un peu niais.

Certes ce « War Bus », titré chez nous « WarBus – Opération Commando » est assez louable dans l’ensemble, mais ce qui ressort davantage de cette coproduction italo-philippo-américaine, c’est quand même un amas de stéréotypes assez pathos. Daniel Stephen, Romano Kristoff et Urs Althaus atteignent le summum de la ringardise et cela aura comme effet de nous faire bien marrer. Je l’avoue, la médiocrité du doublage français y est pour beaucoup. Pour autant, on a pas envie de dire du mal du long signé Ferdinando Baldi (crédité sous le nom de Ted Kaplan). En plus, ce serait de la mauvaise foi car rien ne le justifie vraiment. On ressent le plaisir que Baldi a pris à mettre sur pied son film, lui qui est un touche à tout. On lui doit quelques « Trinita » et autres westerns, du drame, de la comédie, du péplum,… Il s’en donne donc à cœur joie avec ce « War Bus », au point d’épuiser le maigre budget dans l’achat de divers explosifs, histoire de nous offrir des effets pyrotechniques à la hauteur de ses espérances. Le pari est osé et le résultat plus que probant en faisant mouche à chaque fois. C’est à couper le souffle ! Vous voyez qu’on ne peut en dire du mal, tant l’intention est louable. Mais à force de gaspiller son énergie en effets spéciaux, le réalisateur et scénariste en oublie presque le déroulement de l’histoire. Dés lors on voit pointer quelques faiblesses, suivies de petites incohérences de temps. Les personnages ont aussi du mal à prendre forme tant les dialogues sont fadasses, n’apportant rien pour renforcer l’intrigue. On parvient toutefois à atteindre un certain niveau de sympathie envers eux, entre-autre grâce à des séquences plus travaillées dans lesquelles quelques-uns vont se révéler plus que d’autres. Notons que Baldi ne fut pas le seul à signer le scénario, il a été assisté par un certain John Fitzsimmons, dont le seul autre méfait est un petit film de 1962 intitulé « Z Cars ». Après cela, le bonhomme disparaît de la circulation. Tout de même, au milieu de ce scénario en demi-teinte, une brillante idée surgit de l’esprit du réal’. Il en faut et il l’a eue le brave Ferdinando ! Il va faire du bus un « personnage » central, à la limite d’être le vrai protagoniste. Sans lui pas de course folle dans la jungle Vietcong, sans lui le sort de nos héros aurait été scellé manu militari, et sans lui encore les missionnaires auraient brûlé avec leur Mission. Alors riez si vous le voulez, mais je vous le jure, on fini par s’attacher sentimentalement à ce poids lourd, autant qu’à Choupette dans la saga de la « Coccinelle ». Bon le comparatif est un peu cavalier, je vous l’accorde. Cependant c’est un fait indéniable, et on frissonne pour le bus à chaque fois qu’il apparaît dans une situation scabreuse. Davantage encore lorsque à l’entame des scènes retenti la musique de Robert Marry, alias Detto Mariano, de quoi vous hérisser le poil. L’action ne s’estompe jamais, sinon qu’un bref instant permettant d’admirer les somptueux paysages, pour trouver son point d’orgue dans un final hautement explosif. Et comme pour ne pas trop sombrer dans le déjà-vu, le réalisateur va se permettre une pirouette de taille, pour ne pas dire une prise de risque, mais putain… ça fonctionne vachement bien.

Au final, je ne vais pas vous mentir, l’amateur de bisseries que je suis à pris un plaisir certain à la revoyure de « War Bus ». Le regard de l’enfant et de l’adulte est bien différent, le film lui n’a rien perdu de sa superbe puisqu’il est encore capable d’émerveiller. Certes il est endessous de ses grands frères qui abordent le Vietnam d’une autre façon : Rambo I ou Apocalypse Now bien évidemment on pense à eux. Mais le film de Ferdinando Baldi n’a rien à envier aux autres bobines du genre qui, durant la décennie des 80,’s, fleurirent sur les étals des loueurs de VHS.

De Ferdinando Baldi (1985)

Avec: Romano Kristoff, Daniel Stephen, Gwendolyn Hung,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie. Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore ! L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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