JOUETS DÉMONIAQUES

Vous rappelez-vous de vos belles années, lorsque vous étiez encore un enfant haut comme trois pommes et que vous receviez votre jouet préféré ? Quelle question… bien sûre que vous vous en souvenez ! Ce moment jubilatoire où vous pouviez étrenner le dernier joujou à la mode, à cela de formidable qu’il fleure bon le doux parfum de la nostalgie. Pourtant le jouet a cela de paradoxale qu’il peut autant faire rêver que susciter la peur. N’avez-vous jamais eu de sueurs froides, lorsque la nuit tombée, alors allongés dans votre lit douillet, quelques ombres inquiétantes semblent prendre vie à la lueur de la lune ? Un ourson posé sur une chaise à bascule, un clown sur une étagère, un petit singe tenant une timbale, une poupée de porcelaine,… ces objets inoffensifs pouvaient alors vous procurer une telle frayeur, au point de faire perler sur votre front une petite goutte salée. Mon Dieu… nos peurs de gosses, j’te jure. On peut bien en rire aujourd’hui n’est-ce pas ? Bien que… et si ! Je dis bien si ! Si tout cela était vrai…

Judith, une jeune femme policière est en planque avec son coéquipier, et accessoirement futur père de son enfant. Ils attendent dans un coin sombre, juste derrière un entrepôt, que se pointe un dealer d’armes afin de le prendre en flagrant délit en se faisant passer pour d’éventuels acheteurs. En attendant leur « proie », elle raconte à son petit ami un bien étrange rêve qu’elle fait toutes les nuits. Elle y voit deux enfants jouant une partie de carte, à laquelle elle assiste comme spectatrice. L’un des enfants à ceci de particulier qu’il a de quoi bien vous filer la pétoche, car loin d’être un chérubin il fait plutôt penser à un bon petit diable. Bien que le futur papa tente de la rassurer, on sent chez la fliquette une certaine tension nerveuse face à ce cauchemar à répétition. Pas le temps de palabrer plus, car voici que le dealer arrive, accompagné de son chauffeur. Si dans un premier temps tout se passe bien, Judith et son mec vont rapidement confondre les malfrats en leur dévoilant qui ils sont vraiment ! « Police haut les mains » ! Forcément, avec une réplique pareille il ne pouvait pas en être autrement : un coup de feu retenti et le coéquipier de Judith meurt sur le coup. En répliquant, la policière parvint toutefois à blesser l’un des malfrats, alors que ceux-ci partent se réfugier dans le vieil entrepôt de jouets. C’est là que les choses vont se corser. Le blessé s’effondre sur le sol, son sang arrosant ce dernier. Le béton absorbe le précieux liquide rouge, et là c’est moche, puisque cela va nourrir un démon enfermé là depuis soixante-six ans. Le breuvage lui permet de recouvrer des forces, mais il lui en faudra plus encore, et pour cela le malin lève une armée composée, je vous le donne en mille… des jouets pardi ! Voici donc qu’ils prennent vie, reniflant la piste de futurs victimes. Judith, elle, s’est entre-temps retrouvée bloquer avec le dealer, dans une petite pièce et la porte refuse catégoriquement de s’ouvrir. Putain, c’est clairement pas son jour de chance à la grognasse ! Mais puisqu’elle est de nature généreuse, elle va partager un peu de sa poisse, et c’est un pauvre vendeur de poulets frits, venant livrer le gardien affamé, qui en sera la première victime. Mark, le livreur, arrive ainsi à l’entrepôt et prend le temps de discuter un peu avec l’agent de sécurité, un gros balourd qui se complaît dans un emploi bien planqué. Pour signaler sa présence, Judith tire quelques coups de feu… histoire de gâcher de précieuses munitions. Non mais on leur apprend quoi à l’école de police ? Finalement, la technique marche bien puisque Mark et messire grosse-bouffe découvrent le gendarme et le voleur. Dés cet instant, on se dit qu’il est temps de voir le film passer la seconde. Bah oui, parce que on finit un peu par s’emmerder. Suffit de demander ! Voici que les joujoux entrent en scène en zigouillant le gardien qui n’en croit pas ses yeux. Un faux bébé flippant, un ours brun qui se paie une vraie gueule d’alcoolique, un pantin clown de boîte à musique et un robot télécommandé qui crache au laser,… tous sont animés de pulsions meurtrières. Judith et Mark, incrédules, assistent au dépeçage du gaillard, et c’est pas vraiment beau à voir ! Que se passe t-il ici ? Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers la logique des choses, car qui de mieux pour répondre à cela ? Tout simplement une jeune fille qui débarque du conduit d’aération, une sorte d’illuminée qui a fuguée – et qui a pas du voir une douche depuis des semaines – vient informer nos pauvres hères de ce qui est en train de se passer. La révélation est fracassante : « les jouets sont vivants » ! Mouais… je crois qu’ils avaient compris chouchou, faut pas les prendre pour des cons tout de même ! Vu qu’on comprend pas trop ce qu’elle vient faire là, c’est le démon lui même qui apparaît, arborant les traits de l’enfant que Judith voit dans son rêve. Et il ne vient pas avec de bonnes nouvelles ce p’tit con, il apprend à Juju que le mioche qui pousse dans ses entrailles va lui servir d’enveloppe humaine pour exister dans notre monde. Pour y parvenir, ce petit vicieux va devoir la « posséder » avec son gros gourdin. Après, on peut comprendre, au bout de toutes ces années il a besoin de cougner ! Le démon aussi a des besoins… c’est normal. Judith, bien décidée à ne pas se laisser faire, va devoir trouver un échappatoire. Pas facile cependant, car l’armée en plastique du malin ne va pas lui faciliter la tâche. Ni à elle, ni à Mark, bien décidé à lui venir en aide !

La Full Moon, société de production de Charles Band, est pour ce dernier un vrai terrain de jeux. L’homme produit un nombre considérable de bobines horrifiques, toujours du low budget, qui s’inscrivent parmi les œuvres bis les plus folles. Même si ces diverses productions sont parfois inégales et à la limite du grand n’importe quoi, on sent que, derrière, le bon Charles n’a pas trop de difficultés à lâcher quelques biffetons, histoire que ses fantasmes les plus fous puissent voir le jour. De ces fantasmes, il en résulte une certitude : Charles Band aime les poupées et autres pantins. Du coup avec « Jouets Démoniaques » il va pouvoir être ravi ce brave homme, tant il y aura de quoi faire en matière de babioles animées. Nous sommes en 1992, et quatre ans auparavant le premier volet de « Child’s Play » sortait sur les écrans, remettant au goût du jour une poupée qui allait terroriser Andy, son jeune propriétaire. Chez Full Moon on ne pouvait évidemment pas passer à côté d’un tel succès et c’est donc son grand manitou qui va avoir l’idée du pitch de « Demonic Toys ». Afin de coucher cette idée sur le papier, et ainsi développer un vrai scénario, il fait appel à David S. Goyer, entre-autre scénariste sur « Kickboxer II ». Ce dernier nous réserve alors un huis clos, l’ensemble du film n’ayant pour cadre que ce vieil entrepôt, et une chose est sûre il vaut mieux ne pas être claustrophobe, car on ne risque pas de voir la lumière du jour pointer le bout de son nez. Dans un environnement aussi cloisonné, il faut pouvoir se montrer intelligent et ne pas seulement mettre en évidence les jouets. En plus, ça coûte bonbons en terme d’effets spéciaux et le scénariste – Charles Band aussi assurément – puisent dans leur culture cinématographique pour amener plus de consistance à leur film. L’idée est toute trouvée, et elle ne coûte au final pas très chère, il faut insister sur la présence du démon ! Il ne faudra dés lors pas s’étonner de voir en cet enfant (Daniel Cerny), sorte d’Antéchrist, une petite référence à « The Omen ». Les jouets sont donc relégués en second plan et n’apparaissent qu’en de rares moments, ce qui permet de jouer sur le pouvoir de suggestion, mais attention, ne croyez pas que cela va créer une tension bien anxiogène, loin de là. La truculence de quelques répliques, et l’ajout de scènes qui servent davantage à meubler, auront surtout tendance à nous faire sourire. Ce qui, de fait, va rendre le tout assez léger. Force est donc de constater que l’équilibre n’est pas maintenu. Si l’on risquait l’indigestion à trop voir les jouets, leur absence se fait autant ressentir et on imagine bien que pour Goyer ce n’est pas facile de remplir les vides. Du coup les séquences inutiles paraissent bâclées et laissent le spectateur assez perplexe. Toutefois, ces dernières arrivent à coller au ton décalé du métrage et on finit, malgré un sentiment mitigé, par les apprécier.

Décalage volontaire ou non, il n’aurait de toute façon pas pu en être autrement. Il faut dire que le thème central du film, un démon qui veut prendre forme humaine, ce n’est pas réellement novateur et il est facile de tomber dans le cliché. Mais pour le big boss de la Full Moon ce n’est pas grave, pourvu que le public se régale, le reste on s’en fout un peu. Bien dit Charles! qui assume complètement ses choix, et avec « Jouets Démoniaques » il parvient – enfin pas seulement lui tout seul – à nous satisfaire tant le long est agréable dans l’ensemble. Il faut un réalisateur et il est tout trouvé en la personne de Peter Manoogian, qui a déjà commis quelques « méfaits » dont on abuse avec une joie inéluctable. « Eliminators », « Enemy Territory », « Arena »,… ne sont que quelques titres issus de sa filmographie. Toutes nous rappellent que le bonhomme n’est peut-être pas un grand technicien – j’en veux pour preuve la scène d’action au début de « Demonic Toys » – mais qu’il s’y connaît juste assez pour insuffler un certain rythme tout au long des 86 minutes du film, de quoi nous tenir suffisamment en haleine pour assister à la scène finale, à mon sens la plus perturbante de toutes. Les effets spéciaux auront tout autant marqués notre intérêt : un savant mélange de poupées robotisées et un soupçon d’animatronique, low cost évidemment, juste ce qu’il faut pour nous mettre en joie. Il faut surtout compter sur l’incroyable talent des marionnettistes, vous l’aurez compris ils ont un rôle essentiel à tenir puisque, financièrement parlant, il n’aurait pas été possible de se passer d’eux. On se régalera dés lors de voir apparaître à l’écran, le temps d’une scène, la main de l’un d’entre eux. N’est-ce pas ce qui ajoute un charme supplémentaire ? On aurait tendance à dire oui, tant l’instant est plus qu’appréciable. Le point d’orgue du film reste sans conteste le jeu pitoyable des acteurs. Tracy Scoggins, qui joue Judith, n’est jamais convaincante dans les émotions qu’elle exprime. Que ce soit l’opiniâtreté dont elle doit faire preuve, ou dans le rôle de la mère protégeant son futur bébé,… l’encéphalogramme reste désespérément plat. Au même titre, Bentley Mitchum ne fait pas mieux. Le personnage de Mark nous est d’abord montré comme rebelle et défiant l’autorité de son supérieur. Une belle arnaque lorsqu’on le découvre ensuite comme un vrai pétochard. Un bon indice pour comprendre que les acteurs ont accepté le rôle dans un but purement alimentaire, plutôt que par conviction réelle que « Demonic Toys » puisse avoir un vrai potentiel. Et vous savez quoi ? On s’en fiche, parce que là aussi ça rend le truc jouissif, encore plus si vous le mater en version française, c’est tellement mal joué qu’on se délecte.

Avec « Jouets Démoniaques » Charles Band a donc réitéré avec les poupées maléfiques. Précédemment il nous avait gratifié de la merveilleuse saga « Puppet Master » qui recèle, quoiqu’en disent certains, de plein de bonnes choses. « Demonic Toys », pour peu qu’on en saisisse le millième degré, ou au moins qu’on tente de rentrer dans cet univers décalé dans lequel il faut parfois palier aux aléas en usant du bon vieux système D, se révèle être un vrai bonheur à partager avec des potes à l’esprit ouvert. Ah oui, si jamais vous souhaitiez offrir à votre humble serviteur un beau bébé en caoutchouc, avec de belles joues roses – bon en même temps qu’est-ce que tu veux que je foute avec ça – vous éviterez parce que c’est le genre de merde qui me fait flipper ! Mais chuuuut… ça reste entre nous.

De Peter Manoogian (1992)

Avec: Tracy Scoggins, Bentley Mitchum, Barry Lynch,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie. Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore ! L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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